[INTERVIEW] JANG Kun-jae : réalisateur de A Midsummer’s Fantasia

JANG+Kun-jae

« Né en 1977, JANG Kun-jae a étudié le cinéma au sein de la Korean Academy of Film Arts et a été diplômé d’un master des arts en production de films & d’images à l’Université de ChungAng. Jang a commencé sa carrière avec le film EIGHTEEN (2009). Après avoir créé sa société de production, Mocushura, il a produit son second long métrage en 2012, SLEEPLESS NIGHT. Son nouveau projet, A MIDSUMMER’S FANTASIA, lui a été commandé par le Festival International du Film de Nara. »

Vous qui avez pour habitude de travailler dans le monde du cinéma indépendant coréen, comment cela se passe lorsque ce film est une commande Festival International du Film de Nara ?

J’ai été invité à ce Festival dont la présidente est Naomi Kawase et c’est ainsi que je l’ai connue. Avec mon précédent film qu’elle avait vu, nous nous sommes rencontrés et elle m’a proposé de participer à ce projet.

Vous ont-ils laissé une liberté créative sur le projet ou est-ce que vous aviez certaine choses à respecter ?

La condition principale du projet était que je tourne dans la ville de Gojo, dans la province de Naja au Japon.

Comment s’est passé l’élaboration du script ? Le processus ?

Je n’avais sincèrement aucune idée de comment faire un film là-dessus. J’ai commencé à faire des recherches et à recueillir des témoignages. C’est comme ça que j’ai réussi à faire la première partie du film.

J’avais déjà cette idée de filmer le film en deux parties. Et après discussion avec Naomi Kawase, il a fallu me dépêcher plus que prévu car elle devait tourner elle-aussi un film dans cette région et aussi parce qu’il y avait un festival de feux d’artifices pendant l’été qu’elle voulait que je filme. Cela s’est fait un peu précipitamment.

Quelle a été votre relation avec la productrice Naomi Kawase sur ce projet ?

Étant donné que c’est la région où N. Kawase tourne tous ses films, elle m’a effectivement donné des idées de lieux où des séquences pouvaient être tournées. Mais ce qui m’intéressait, c’était de filmer la région avec mon propre regard. Il y a donc eu quelques contraintes, mais j’ai quand même essayer d’apporter mon propre regard sur la région.

Est-ce que tourner au Japon a été un challenge pour vous (ne connaissant pas la langue) ? Quelle ont été les difficultés sur le tournage (s’il y en a eu) ?

Effectivement, c’était parfois difficile parce que je ne parle pas un mot de japonais [Rire]. Même si j’avais une interprète, le plus important pour moi était de retranscrire ce que je ressentais sur ces lieux de tournage.

La première partie est proche du documentaire et pourtant assez scripté. Quelle part de liberté vous êtes-vous donné ?

Les gens que vous voyez dans la première partie du film sont toutes les personnes que j’ai pu rencontrées six mois auparavant en pré-production. Une fois arrivé en production, j’ai revu ces personnes en posant les mêmes questions et en filmant comme si c’était la première fois.

Il y a dans le film un attachement à filmer un vieux couple de restaurateurs alors que ce n’était pas prévu (dans le film).

Tout était prévu dans le scénario de base. Un questionnaire de Q/A avait déjà été prévu et scripté donc je savais pertinemment ce qu’ils allaient répondre. Donc même si ça ne paraît pas prévu dans le film, ça l’ait.

La 2ème partie ressemble énormément à la trilogie Before de Richard Linklater. Comment s’est passé le tournage ?

Dans la deuxième partie, le rôle des deux acteurs est extrêmement important. J’étais à court de temps pour écrire le scénario. J’avais juste quelques grandes idées, mais à part ça… J’avais juste l’idée principale : Une actrice coréenne vient à la ville de Gojo et rencontre un homme qui cultive des kakis. C’est tout.

Étant donné que nous n’avions pas de scénario, nous avons commencé par choisir là où nous allions tourner. Une fois ces lieux choisis, nous nous sommes retrouvés et je donnais des mots-clés aux acteurs et je les laissais réagir et interagir en fonction de ces mots-clés.

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Comment s’est passé le processus du montage, là où s’est construit le film ?

La plupart des choses que vous voyez dans le film, c’est principalement tout ce que j’ai tourné dans la deuxième partie. Je n’ai pas filmé grand chose de plus. La raison pour laquelle le montage a pris du temps était de créer un certain rythme alliant vitesse et lenteur.

On sent que le film est très personnel. Cette région a-t-elle laissé une trace importante en vous ?

Pour moi, ce qui est encore ancré en moi en ce moment, ce n’est pas forcément les lieux ou la ville, mais c’est l’histoire de chaque personnes que j’ai rencontrés, les témoignages qu’ils ont pu me livrer.

Est-ce parce que c’est un récit personnel que vous laissez des parts de mystères dans le film ?

Il y a effectivement des messages que j’ai laissés volontairement dans le film. Je trouve que si le spectateur ne les trouvent pas, ce n’est pas forcément grave.

Quelle est votre vision de la fin ?

[Rire] En fait, je ne pense pas que ça vaut le coup de vous expliquer mon message personnel puisque pour moi, tout est déjà dans le film. Ca ne me paraît pas utile.

Je vais donc vous dire la mienne. Pour moi, vous représentez cette 2ème partie comme un rêve et une mise en abyme de la 1ère où le réalisateur s’imagine cette partie en regardant les 2 personnages à la fin.

Le concept du film, c’est ça ! C’est basé sur le point de vue du réalisateur. Et les 2 acteurs de la deuxième partie sont l’interprète et le fonctionnaire de la première partie. Il y a différentes interprétations du film selon les gens. Il y a des gens qui pensent comme vous et d’autres qui pensent comme si la 2ème partie représentait une sorte de passé des personnages de la première partie.

Je n’avais pas du tout vu les choses comme ça.
Je trouve incroyable que le film soit si organique au niveau de sa construction où tout prend son sens. C’était une évidence sur le tournage ?

Oui, dès que j’ai commencé à filmer, c’est venu naturellement. J’étais soucieux de savoir comment les deux parties allaient interagir et se connecter, mais ça a été finalement.

Qu’est-ce qu’a pensé N. Kawase du film ?

Elle a co-produit le film avec moi et sachant que c’est une réalisatrice, elle n’a pas le même point de vue que moi sur la film de Gojo… Pendant la période du tournage, disons qu’il y a eu quelques échanges un peu pimentés. Je vous laisse imaginer.

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[Rire]Je vois très bien.
Comment a été reçu le film en Corée ?

Comment ça, vous n’êtes pas au courant ? [Rire] Il est sorti en juin 2015 en Corée et pour un film indépendant, c’est un succès. Il a été montré dans 46 salles avec 35 000 spectateurs donc c’est pas mal du tout. C’était le premier film de l’année au niveau du cinéma indépendant qui a eu ce succès.

Pour plaisanter, nous avons un journal très connu sur le cinéma en Corée “Ciné 21” et les critiques du magazine étaient supérieures à celles de Winter Sleep et on se disait “Putain, on est dans la merde, vu les bonnes notes, le film ne va pas marcher”.

Je pense que j’ai eu beaucoup de chance, d’avoir des bons retours du public et de la critique.

Travaillez-vous déjà sur un nouveau projet ?

Je pense que je vais me reposer. Ca fait plusieurs années que j’ai pas pris de vacances.

Question bonus : le film de l’année pour vous ?

Simple. Horse Money de Pedro Costa.

Encore merci pour ce film que je considère comme un des plus beaux que j’ai vu cette année.

Merci à vous d’être venu le voir.

Retrouvez notre critique de A Midsummer’s Fantasia

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