[INTERVIEW] HONG Seok-jae : réalisateur de Socialphobia

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« HONG Seok-jae est diplômé de la Korean Academy of Film Arts. Son court-métrage de fin d’étude ELECTION (2009) a été invité au Festival du Film Court Mise-en-scène et au Festival International du Film Fantastique de Buchon. Il a ensuite réalisé LOVE FEE FOR LAST MONTH (2011) et KEEP QUIET (2011). »

Tout d’abord, pourquoi avoir choisi cette thématique autour des médias ?

Je fais partie de cette génération, née en 1983, où j’ai connu dans mes années d’adolescence la prolifération des premières connections internet avec surtout le Minitel, puis pendant ma vingtaine, on est passé au World Wide Web et après mon service militaire, tout le monde utilisait des smartphones donc j’ai connu un peu toute cette évolution.

Pour moi, ces changements étaient vraiment impressionnant tous. Les gens nés aux alentours des années 2000 ont dès leur naissance connu ce monde connecté. Pour eux cela semble sûrement plus naturel alors que moi, alors que j’ai pu connaître cette évolution dès les années 80 où on avait ces téléphones que l’on tournait pour composer un numéro, alors que maintenant tout le monde est connecté. Le changement est assez hallucinant.

J’ai pensé qu’il y avait forcément quelque chose d’intéressant à raconter sur ce thème sauf que je me suis dit que les réalisateurs de la génération d’avant n’ont pas vraiment vécu cela de la même manière. Ils sont moins high-tech et connecté, ils ne ressentent donc pas cela de la même façon et pour les jeunes, c’est trop naturel pour eux.
Mais il y a cette génération charnière dont je fais partie et je me suis dit pourquoi pas moi après tout ? Et c’est comme ça que j’ai commencé à travailler sur ce film.

Est-ce une thématique que vous avez déjà abordé dans vos court-métrages ?

Effectivement, probablement pas exactement de la même façon. Juste avant de faire Socialphobia, j’ai fait un court métrage qui tourne autour d’une traque qui se passe sur les réseaux sociaux.

On pourrait penser que Socialphobia est un film policier sur une grande partie même si ce n’est pas vraiment le cas. Avez-vous dès le début pensé d’en faire un film policier ?

En fait, j’ai vraiment travaillé plusieurs fois le scénario et il y avait des versions vraiment différentes, dont notamment une version où il existait un coupable dedans.
Mais en fait, j’ai trouvé qu’il était plus intéressant de faire un film sans un vrai coupable car finalement dans l’histoire ce que je voulais sincèrement raconter, c’était cette envie des gens qui veulent croire qu’il y a un coupable.

C’est tout ce côté où les gens partent de rien, de l’invisible pour monter une histoire pour faire croire qu’il y a quelque chose derrière que je voulais raconter. C’est ce qu’il se passe en général sur le web avec les rumeurs. Ce n’était finalement pas important d’avoir un vrai coupable à la fin.

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Vous avez mentionné lors d’un Q&A que vous vous êtes inspiré d’un fait réel pour Socialphobia, même si celui-ci n’a pas été aussi loin. Est-ce que vous avez eu d’autre sources d’inspirations autre que ce fait ?

Il y en a beaucoup d’autres.
En fait dans le film, mine de rien, il y a plein de petites histoires auxquelles les coréens pourraient s’identifier parce qu’il y a plein de faits divers réels qui se sont passés. Dont notamment cette histoire de soldat qui a déserté avec une arme et qui a tué des gens; il y a aussi un site communautaire créé dans le film autour de cette fille Renna où ils veulent savoir qui est-elle, qu’est-ce qu’elle a fait, etc. Et en fait il y a eu un fait réel autour d’un chanteur coréen très connu, les internautes se sont dit qu’il a menti sur ses diplômes et donc ils ont créé une communauté pour savoir s’il avait vraiment fait ses études à Berkley. Il y en a plein d’exemples.

Il y a d’autre phénomènes en Corée comme ce site communautaire très connu où il y a beaucoup de jeune (DC GALLERY). Des jeunes y postent des photos qu’ils partagent en commentant. Il y a une rubrique de ce site où les internautes peuvent poster des photos comme “preuve” de ce qu’ils disent. Il y a une scène qui correspond à ça dans le film quand ils rencontrent le PDG de l’hôtel et le personnage principal veut montrer que ce qu’il avance n’est pas faux.

Comment avez-vous eu cette idée pour montrer les messages des tweets et tchats comme ça à l’écran ? Avez-vous eu cette idée d’affichage tout de suite ?

J’ai regardé pas mal de films dont le sujet tournait autour du web et je me suis inspiré de pas mal de choses différentes comme par exemple dans la série Sherlock Holmes, on voit ce genre de séquences avec des messages qui passent par dessus les autres. L’idée m’est arrivée assez rapidement.

Il y a beaucoup plus de texte que ce que l’on peut vraiment lire. Ce ne sont pas vraiment des textes fait pour être lu, mais davantage une vague qui donne un effet de pression. Je voulais faire ressentir cela parce que sur Internet, on se bouffe tellement de visuels et de textes que c’est trop. Mes gens n’arrivent plus à savoir quoi regarder, il n’y a plus de limite. C’est exactement ce qu’il se passe sur Twitter ou d’autres réseaux sociaux, vous ne pouvez pas contrôler le flux, donc si vous ne regardez pas le service pendant 5 minutes, il y a des gens qui postent des tonnes de nouveautés.

J’ai choisi d’utiliser plusieurs méthodes dans le film, donc il s’agit soit de commentaires, soit de post-it ou même les grosses affiches. Cela montre le trop d’information mis en avant.

PS11.SOCIALPHOBIA.HONG+Seok-jae1Ce type de scandale sur le web est un phénomène récent et qui gagne en ampleur ou est-ce quelque chose qui existe déjà depuis un moment en Corée du Sud ?

Cela existe déjà depuis quelques années. Je ne pourrais pas vous dire le nombre d’années exacte, mais je sais que déjà la période où je surfais beaucoup sur Internet en 2009, cela existait déjà et ce phénomène s’est aggravé de plus en plus. Et à l’heure actuelle, ce sont des gens qui utilisent des systèmes encore plus pointus et plus fourbes pour essayer de pousser les gens à bout.

Que pensez vous de ce type de phénomène, cela vous semble-t-il inquiétant ?

Je suis plutôt inquiet. Je crois que chaque être humain est quelqu’un de bon, mais quand des individus se regroupent, cette bonté disparaît. Quand on est en groupe, on ne fait plus la distinction entre bien et mal, on est donc plus à même à faire n’importe quoi.

Donc vous pensez qu’il y a un côté mauvais du Web qui prévalu sur le bon côté ?

Je pense qu’on ne peut pas définir si c’est le bien ou le mal, cela va au delà. Avant quand on avait quelque chose à dire, le nombre de personnes qui entendaient votre voix était très limité, alors que maintenant, il suffit de poster un message de 140 caractères et des gens de l’autre côté de la planète vont pouvoir voir ce que vous avez dit. Ce n’est pas une question de bien ou de mal, les comportements ont complètement dérivé, ça a changé.

L’être humain est resté le même, mais les moyens de communication ont évolué de manière trop exponentiel. Du coup il y a un fossé énorme entre ce qu’il y avait comme possibilité avant et maintenant. Donc il n’y a plus de balance, de juste milieu.

Dans Socialphobia, des jeunes se regroupent via une communauté de tchat puis par la suite également avec un PDG. Est-ce quelque chose qui pourrait réellement arriver bien qu’ils ont des statuts très différents ?

C’est quelque chose qui peut tout à fait se passer en Corée, c’est déjà arrivé. Par rapport à ce que vous avez pu voir dans le film et ce que vous avez pu ressentir, je pense qu’en Corée ce sont des choses qui peuvent se passer dans la vie réelle.
Quand j’étais à la séance de projection et que j’ai vu la tête des gens à la fin du film, je me suis dit que pour eux en fait, c’est quelque chose de surréaliste.

Comment avez-vous choisi vos acteurs ?

Les deux personnages principaux sont déjà des acteurs très reconnus dans le milieu du cinéma indépendant. Je connaissais des gens qui ont déjà pu travailler avec ces acteurs sur d’autres films qu’ils ont pu faire juste avant, donc ça nous a aidé à nous rapprocher. Grâce à mes amis, je leur ai demandé de me présenter ces acteurs.
Les autres rôles secondaires, j’ai fait le tri dans tous les films du milieu indépendant en Corée et j’ai attribué des rôles qui allaient le mieux à chacun des acteurs.

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Quel est votre ressenti suite à ce premier film par rapport au développement et au fait qu’il soit également projeté en dehors de la Corée ?

Je suis un peu entre les deux. D’un côté je réalise pas du tout et d’un côté je suis super ému, super étonné. En fait, j’avais quelques petits doutes quand je suis venu en France et que j’ai su que j’allais projeter mon film à un public français. Je me demandais si mon film n’étais pas trop un film local, adapté à un public coréen.

Du coup pour mon prochain film, j’aimerai que ce soit quelque chose d’assez universel comme ça, si mon film est projeté encore une fois en France à Paris et si j’ai la chance de recroiser le public français, je me dirais que cette fois c’est bon, ils ont bien compris mon film !

Pour finir, je me dis que ce phénomène qui se passe en Corée n’est pas restreint au pays, le monde va dans le même direction. D’ici 10 ans ou 20 ans cela arrivera peut-être en France.

Retrouvez notre critique de Socialphobia

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