[INTERVIEW] RYOO Seung-wan : réalisateur de Veteran

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A l’occasion de cette dixième édition du FFCP nous avons eu l’opportunité de rencontrer et interviewer RYOO Seung-wan, réalisateur de Veteran projeté comme film d’ouverture.

Comment s’est passé le développement de Veteran suite à votre dernier film, The Berlin File, datant de 2013 ?

Le deux films avant Veteran, Unjust et The Berlin File, sont des films très noirs. C’est deux films m’ont beaucoup touché. J’ai vécu une période très difficile psychologiquement. J’ai donc eu besoin de me diriger vers quelque chose de plus joyeux, plus gai et je suis parti de là pour faire Veteran. Je voulais donc avec ce film faire quelque chose de dynamique et joyeux où l’on voit la distinction entre le bien et le mal. Et également un sujet où je pouvais traiter le thème “Qu’est-ce que la justice ?”, quelque chose de simple, à expliquer facilement.
C’était pour moi une sorte de période de pause, un sorte de thérapie.

Pourquoi avoir choisi ce thème de corruption et d’affrontement entre police et bourgeoisie coréenne ?

A la période de préparation du film, en Corée il y a eu quelques faits divers très similaires à ceux traités dans Veteran qui m’ont donc inspiré. Révolté par ces évènements passés aux informations, j’ai souhaité dans son film donner une suite à cela où la justice pouvait triompher.
C’est pour mon propre plaisir que j’ai fait ce film et je pense que sûrement beaucoup de personnes devaient penser comme moi.

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J’ai lu que vous écrivez souvent vos scénarios en ayant déjà vos acteurs en tête. Était-ce aussi le cas avec Veteran ?

Quand j’ai écrit la première version du scénario, j’ai tout de suite pensé à HWANG Jung-min dans le rôle du policier. Quand les autres membres de l’équipe ont lu le scénario, cela a fait l’unanimité que ce rôle était fait pour lui.

Dans le cas de YOO Ah-in ce n’était pas mon premier choix, et à vrai dire, cela a était plutôt difficile pour trouver le bon acteur pour ce rôle là. Il y a beaucoup de jeunes acteurs coréens en vogue qui ont refusé ce rôle à cause de la mauvaise image qu’il reflétait. J’ai rencontré YOO Ah-in au festival du Film de Busan lors duquel nous avons parlé de Veteran. YOO Ah-in intéressé et il m’a demandé de lui envoyer le scénario. Il l’a donc lu et a porté beaucoup d’intérêt au film et au rôle. Et au final on dirait que j’ai écrit le scénario en pensant à lui.”

Comment concevez-vous vos scènes d’actions ?

Dans Veteran le plus important était de donner un aspect réaliste que je voulais faire ressentir au public. Il faut, lorsque les acteurs réalisent l’action, que les mouvements soient réalisables.
Lorsqu’une scène d’action est conçue, il est essentiel que les mouvements soient beaux, mais surtout que l’action corresponde à chaque rôle et chaque situation.
Un policier, par exemple, doit avoir des scènes d’actions qui collent à son caractère et à son rôle et le méchant doit avoir des éléments d’actions qui collent à son personnage.
D’une manière générale, je souhaitais qu’avec ce film, les scènes d’actions que l’on y voit nous fassent penser aux classiques. Il n’y a ainsi pas trop de mise en avant technique ni trop de montage avec des scènes en accélérées par exemple. Des séquences plutôt courtes ou moyennes sont favorisées pour voir vraiment la totalité du mouvement.

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On ressent beaucoup l’humour de Jackie Chan dans le film. Y a-t-il un hommage ?

C’est le cas, mais il n’y a pas qu’un hommage à Jackie Chan. Plus globalement c’est un hommage au cinéma des comiques policier des années 80 comme Le Flic de Beverly Hills avec Eddy Murphy, L’Arme Fatale avec Mel Gibbson. Je me suis aussi inspiré des slapsticks de Buster Keaton pour Veteran. Mais oui, la plus grande source de scène d’action reste tout de même Jackie Chan.

Est-ce que les scènes d’action sont mise en scène directement avec les acteurs ? Si c’est le cas, combien de temps durent les répétitions pour arriver à ce résultat ?

Je tourne avec les acteurs, mais aussi les cascadeurs pour assurer la sécurité. Si les scènes ne sont pas sécurisées à fond, visuellement sur écran, on ne retrouve pas ce côté dangereux et risqué souhaité.
Dans les scènes de combat à deux, c’est un acteur qui va répéter avec un cascadeur et vice versa. Ainsi les jeux d’actions deviennent plus fluides et naturelles quand l’acteur, qui n’est pas un pro des scènes d’action, se met en face du cascadeur qui connaît son métier. L’acteur peut se permettre ainsi plus de choses qu’il n’oserait pas si ce n’était pas un professionnel face à lui, auquel cas les scènes seraient moins abouties.

De façon plus simple, l’action se fait par l’acteur tandis que la réaction est donnée par le cascadeur.

Il y a beaucoup de scènes jouées directement par des acteurs, mais quand les scènes d’actions sont tournées, un processus particulier est utilisé. Dès la conception du scénario, je commence à écrire les scènes d’actions principales. Je donne ensuite ce premier script au directeur des chorégraphies, Jung Doo-hong, afin qu’il puisse en ressortir pleinement les scènes d’action.

Jung Doo-hong tourne déjà une première ébauche avec les cascadeurs et il monte des passages afin de me les faire valider. Je les corrige jusqu’à être satisfait.
Une fois la conception vraiment aboutie on vient avec les vrais acteurs, voir les scènes d’actions qui pourraient donc éventuellement être tournées. Si cela me convient, les acteurs commencent à répéter. Les répétitions durent environ 3 semaines.

Une fois que les acteurs sont à peu près préparés, l’équipe de la direction artistique et du tournage se déplacent au gymnase où se déroule les répétitions d’action. Des sets sont créés directement dans le gymnase pour pouvoir mettre en scène et faire des essais avec l’équipe de tournage pour voir ce que cela donnerait.

Une fois le montage finalisé, la mise en scène est refaite. C’est à ce moment qu’une dernière répétition se fait avec les vrais scènes de tournage, la direction artistique et l’équipe de tournage préparent donc les lieux pour la mise en scène du film, mais aussi pour toutes sécurités nécessaires.

A partir de cette dernière répétition, je casse tout car une fois sur le lieu de tournage, des idées me viennent en tête. Et alors que l’équipe désespère, donc je vais me cacher derrière mon moniteur et je me tais.

Plus globalement, le film traite de ces familles possédant des conglomérats. Dans un pays où se modèle est très présent, qu’en pensez vous ?
Est-ce quelque chose que vous condamnez ?

Bien sûr, c’est une situation qui ne peut pas être laissée telle quelle. Le plus important est de savoir pourquoi on en est arrive là : pourquoi ces gens privilégiés s’octroient ces droits ?

Le fils de bourgeois n’est pas conscient qu’il commet des crimes. Il a grandi sans cette notion de responsabilité puisque tout lui été permis. L’éducation a un rôle essentiel. Pour élever un enfant en tant que leader, il y a besoin de connaître le poids des responsabilités, mais à partir du moment où une carapace est créée autour de l’enfant pensant que c’est quelque chose de trop dur pour lui, c’est là où les problèmes commencent.
C’est un problème qui vient du système en Corée.

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Vous abordez aussi le problème de la corruption dans la police ? Est-ce quelque chose de courant ?

C’est pas le cas aussi en France [rire] ? Je pense qu’à partir du moment où des gens vivent ensemble il doit toujours y avoir de la corruption.

C’est un phénomène dont on entend peut être plus facilement parler en Corée du Sud que dans d’autres pays.

En Corée, l’information par internet est tellement développée que dès qu’il se passe quelque chose, tout le monde est au courant. Même pour des choses qui n’auraient ni le besoin ni l’envie d’être entendues.

Beaucoup d’informations ne font pas la une des journaux, mais si une petite enquête est menée, il y a toutes les chances d’avoir des résultats.
Je ne suis pas fier de dévoiler ça, mais en Corée dans le secteur du droit et de la justice, les personnes haut placées, vont au moment de leur retraite rejoindre ces conglomérats.

Le dernier gros sujet du film est le clash des classes sociétales coréennes avec une classe moyenne/pauvre qui se bat pour survivre. Cette édition du FFCP met quelques films du même genre en avant. Est-ce un phénomène qui s’accentue en Corée du Sud ?

La problématique entre les riches et les pauvres n’est pas une question d’hier. L’économie sud coréenne s’est développée tellement rapidement après la guerre froide, on ne voit les conséquences que maintenant.

En 1997, il y a eu la crise économique en Corée du Sud, c’était quelque chose d’assez énorme qui a fait que toute la classe moyenne s’est effondrée. La génération des réalisateurs dont je fais partie a grandi dans cette société là et a vécu la crise économique. Il ne peut pas être nié que cela un impact sur notre vécu et sur nos films.

Cela me semble très important que les artistes ou réalisateurs puissent toujours avoir un regard sur la réalité de la société dans laquelle ils vivent pour la refléter quelque part dans leurs œuvres. L’art peut rarement donner une réponse, mais cela peut toujours susciter des questions, des problématiques.

C’est un cercle assez harmonieux et positif d’avoir ce système qui lie les œuvres d’arts et les questionnements liés à la réalité. Je trouve ça intéressant de prendre ce côté détaché de la réalité des artistes et le façon de se servir de celle-ci pour proposer et donner des vrais questions liées à la réalité.

Comment avez vous réagi au succès du film Veteran en Corée ?

En tant que réalisateur, je ne peux pas être plus content que de savoir qu’autant de gens ont aimé mon film en Corée. Mais d’un côté, cela veut qu’ils partagent mon point de vue sur cette injustice qui existe dans la société coréenne et d’une certaine manière, ils envoient un message sur cette situation. Cela ne m’a pas laissé complètement indifférent et je n’étais pas forcément tout à fait joyeux non plus.

Découvrez notre critique de son film Veteran qui faisait l’ouverture de la dixième édition du FFCP.

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