[LUNDI ANIM’] La place des femmes dans l’animation

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Il y a quelque temps, des femmes ayant travaillé dans l’animation pendant les 60 dernières années se sont confiées au site Internet Buzzfeed pour savoir si les choses avaient évolué dans le petit monde de l’animation pour les femmes

Une lettre datant de 1938, destinée à une Mary V. Ford circule sur internet depuis environ 8 ans, expliquant à cette dernière qu’elle ne pouvait pas être prise sur un poste de création et préparation des dessins animés car c’est un travail uniquement réservé aux hommes. Toutefois celle-ci pouvait envisager de postuler chez Disney pour le département d’encrage et peinture.

Depuis la publication de cette lettre sur le site Flickr, beaucoup n’hésitent pas à dire que les choses ont bien changé depuis.

Joanna Romersa prouve la véracité de cette lettre. Pour elle, devenir animatrice, ce ne fut pas immédiat. Elle explique qu’elle a commencé chez Disney en tant qu’encreuse en 1954. Et à cette époque, il était interdit aux femmes de s’aventurer dans les bâtiments réservés aux animateurs. Les personnes en charge de l’encrage et la peinture des dessins des animateurs (quasiment toutes des femmes) n’étaient pas considérées comme de réels artistes.
Romersa aura longtemps persisté avant d’avoir une ouverture sur un poste de réalisation, elle aura attendu près de 30 ans. Et sur cette durée et même après, elle a bien constaté que sa progression était beaucoup plus lente que ses collègues tout simplement parce qu’il s’agissait d’hommes.

Ce type d’exclusion se faisait également vis-à-vis des minorités. Le premier homme noir à avoir eu un poste d’animateur au Studio Disney date de 1948 et il ne serait resté que 2 mois. A cette époque, les femmes pouvaient en plus être virées si elles s’habillaient en pantalon. Voilà quelques éléments qui n’aurait plus lieu d’être aujourd’hui, surtout qu’un fille ne recevrait plus une telle lettre de refus. Comme quoi, les temps changent.

Mais pas tout à fait non plus. Encore aujourd’hui, les femmes ne représentent que 21 % des animateurs. Sur 584 storyboarders, seulement 103 sont des femmes d’après l’Animation Guild. Peut-être qu’il s’agit d’un phénomène qui se reporte aux école d’arts car bien que 71 % des étudiants sont des femmes chaque années depuis 2012, c’est le travail d’étudiant masculin qui est choisi en majorité aux présentations finales.

La situation présente se retrouve très probablement dans beaucoup d’autres secteurs pour les femmes, mais dans l’animation ce qui est étonnant, c’est que cela se retrouve notamment avec la diffusion à l’écran et cela plus particulièrement avec les films ou séries destinés aux enfants. Les séries de garçon ont une audience assez globale tandis que les séries de filles ont une audience niche.

L’annonce des séries pour 2015-2016 par Cartoon Network ne comprend que 3 séries ayant une fille pour protagoniste sur un totale de 14.

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Une chose remarquée par une ancienne étudiante de CalArts, c’est que plus on a du recul dans l’histoire de l’animation, le moins la représentation des genres et de race était existante.
Dans Blanche Neige, la passivité de l’héroïne est représentée comme une vertue, dans La Belle au Bois Dormant, si l’on fait attention le nombre de ligne de dialogue de Belle est très réduit.

A l’époque du “golden age” de l’animation, les femmes étaient pour ainsi dire jamais mise en avant, ne figurant pas dans les crédits des films. Et encore aujourd’hui dans les livres d’histoire, on entend très rarement parler des encreuses et peintres. C’est seulement avec l’arrivée de la 2nde Guerre mondiale que les femmes commencent à être formées pour les postes d’animateurs étant donné que les hommes partaient en guerre.

Comment les hommes justifiaient cette décision de limiter la progression des femmes ? Tout simplement en expliquant que c’était du gâchis de former une personne qui allait quitter son travail peu de temps après pour se marier et avoir des enfants.

Il y a tout de même quelques exceptions à la règle comme Retta Scott, Mary Blair ou Heidi Guedel. Cette dernière témoigne d’une situation plutôt embarrassante, lorsqu’elle travaillait chez Disney. Entourée d’hommes, celle-ci avait tendance à se faire harceler et tripoter par ses collègues. Romersa parle aussi d’harcèlement sexuel chez Hanna-Barbera. C’est suite au renvoi d’un homme accusé d’harcèlement que cette dernière a notamment pu progresser dans le monde de l’animation à l’époque.

Sari Gennis et Bronwen Barry qui ont réussi à monter les échelons à cette époque où l’animation était confiée aux hommes sont en désaccords sur l’évolution de la place de la femme dans le métier. Tandis que Gennis s’est retrouvée écartée de son poste pour laisser la place à des hommes moins expérimentés qu’elle, Barry, elle, n’a pas connu cette différentiation des genres dans son métier. Bien qu’elle ait entendu que les femmes avec des enfants étaient un fardeau, elle a connu la discrimination des femmes surtout à travers l’indifférence de son ambition. L’une comme l’autre ne se sentaient pas encouragées à continuer sur cette voie contrairement aux hommes.

Avec une formation chez CalArts, Gennis a refusé d’être encreuse. Du coup, elle a fait ses début en tant que directrice commercial chez Robert Abel & Associates, mais même avec plusieurs promotion, elle a continué à faire le travail que les autres ne voulaient pas faire et le directeur créatif lui a clairement dit qu’elle pourrait avoir un meilleur poste uniquement si elle avait un pénis. Elle dit qu’aujourd’hui, tout cela n’a pas disparu, c’est juste moins mis en avant. Car en observant, on remarque que les hommes occupent la plupart des postes de directeur technique et artistes VFX.

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Mais la réussite d’une femme dans ce monde masculin de l’animation n’est pas impossible ! Brenda Chapman est un bon exemple. Réalisatrice de Rebelle, c’est la première femme à gagner un Oscar pour meilleur film d’animation, il s’agit également de la première réalisatrice de Pixar. Ce 13ème film de Pixar est notamment le premier du studio à avoir pour personnage principal une fille.

Chapman fait partie de ces femmes qui n’ont pas été confrontées à une réelle discrimination en travaillant chez Disney, malgré que la plupart de ses collègues étaient des hommes. Elle aura travaillé sur La Petite Sirène, aura été scénariste pour La Belle et la Bête et aura même été promue scénariste en chef pour Le Roi Lion. Malgré tout, on lui aura dit qu’elle été embauché uniquement parce qu’elle est une femme.
“Je pensais que peut-être d’autre personnes méritaient plus ce travail que moi, mais j’ai été embauché parce que je suis une femme donc j’ai voulu travailler davantage pour prouver que je méritais cette place.”

Sur ses films en tant que réalisatrice notamment sur Rebelle, Chapman fait en sorte que chacun ait le droit d’exprimer son opinion, que cela soit une femme ou un homme.

Mais elle-même ne s’est pas retrouvée à l’abri de tout étant virée en 2010 de son projet. Nous ne savons pas les raisons exactes derrière ce renvoi, mais Chapman parle d’un différent créatif avec John Lasseter sur Merida, le personnage principal de Rebelle. C’est avec ce film que Brenda Chapman s’est rendue compte que la situation des hommes et des femmes n’est pas la même dans le monde de l’animation et cela encore de nos jours.

Cette différence, encore une fois, se voit à l’écran en 2012 :
31% des personnages parlant dans les séries d’enfants en Prime Time à la TV US sont des personnages féminins, soit moins d’⅓ des personnages.
Seulement 19% des séries d’enfants pour la télévision ont autant de personnages filles que garçons.

Chapman aura vu un de ses projets pour DreamWorks refusé car trop “féminin”. On remarque que même dans La Reine des Neiges où les personnages principaux sont des filles, il y a autant de de personnages masculins que féminins.

Encore une fois, cette tendance du personnage masculin qui a une prévalue sur le personnage féminin se reporte peut-être à l’étape des études. Chez CalArts, le storyboarding est souvent conseillé aux hommes tandis que le design est conseillé au femmes. Ainsi moins de femmes ont force de décision sur le choix des personnages.
Étant moins nombreuses dans le storyboarding, l’avis des femmes est vu comme un opinion féministe à plusieurs reprise par les autres storyboarders, c’est ce que confie Sabrina Cotugno, alors qu’il ne s’agit que d’un simple avis.

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Ce qui semble être le plus avantageux pour le développement du personnage féminin à l’écran, c’est la place occupée par les femmes dans l’industrie de l’animation.
Anastasia, scénariste, avoue avoir une tendance à travailler autour de personnages féminins dans des projets, de peur que ceux-ci ne soient pas assez pris en compte par ses collègues hommes. De nombreux hommes animateurs, d’après Anastasia, vont parler de personnages féminins en les plaçant en tant que “femme de” où “fille de” alors qu’elle n’a jamais rencontré une femme qui va catégoriser un personnage masculin en fonction de son positionnement familial. Elle-même au sein de son équipe de travail a peur d’être mise à part car elle est la seule femme et que selon ses collègues, elle s’offusque facilement sur des sujets type “blague caca”.

Mais d’après Beiman, professeur en animation depuis 2000, alors qu’elle jugeait nécessaire de faire comprendre aux filles qu’il fallait se faire respecter, aujourd’hui c’est moins nécessaire, bien que certaines femmes restent préoccupées par cette mentalité.
Brenda Chapman, elle, estime que certaines femmes peuvent aujourd’hui se permettre de dire plus de chose, mais ce n’est pas le cas de toutes. Anastasia a par exemple demandé à Buzzfeed que ces propos n’affichent pas son vrai nom pour cet article, ne voulant pas que ses propos soient mal interprétés.

On le constate à travers ces multiples interviews que la situation de la femme dans l’animation, bien que sûrement moins difficile qu’à l’époque de Joanna Romersa, reste encore aujourd’hui un milieu dominé par les hommes. Et les femmes s’y font leur place à une très petite allure.

(Source : Buzzfeed)

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