[JEUDI COM’] La Chine : le futur Hollywood ?

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Cette semaine, nous nous intéressons à l’expansion économique et culturelle de la Chine et son emprise sur Hollywood.

La dernière fois, je regardais la bande-annonce de Kung Fu Panda 3 (ne me demandez pas pourquoi). Après un petit coup de Google, je découvre que le film est une production Dreamworks Animation – Oriental Dreamworks. Alors je connais le 1er studio qui est à l’origine de nombreux succès, mais le deuxième, rien.

Et comme je suis un gars qui aime fouiller. Je me suis renseigné sur cette entité. Sa création remonte à 2012. L’entreprise est une joint-venture (c’est-à-dire une entreprise alimenté par des capitaux nationaux et étrangers) financée par China Media Capital (CMC), Shanghai Media Group (SMG), Shanghai Alliance Investment Limited (SAIL) et DreamWorks. Comme très souvent dans les joint-ventures en Chine, les investisseurs chinois possèdent 51% des capitaux de la société et les américains 49% pour éviter que ceux-ci prennent le contrôle (ils sont méchants les américains).

OK, mais à quoi sert Oriental Dreamworks ? Comme indiqué sur son site, l’entreprise crée du divertissement de grande qualité, incluant des films d’animation ainsi que des séries télévisuelles pour tout le monde, avec l’ambition de devenir une marque de divertissement chinoise. Oriental Dreamworks veut donc créer du contenu en Chine pour la Chine et l’exporter dans le reste du monde.

Dans le cas de Kung Fu Panda 3, l’entreprise s’occupe de beaucoup d’éléments chinois dans le film, des storyboards, l’animation des personnages, mais aussi des paysages. Mais le deuxième avantage de Oriental Dreamworks est comme le film produit sera chinois, plus besoin de passer par les quotas du gouvernements sur les films étrangers. Le film peut ainsi sortir plus facilement dans un pays qui contrôle son industrie.

(Pour en découvrir plus sur l’animation chinoise, rendez-vous sur notre Lundi Anim sur le sujet)

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Du coup, ma question générale à partir de là a été, mais où en est la Chine dans la création d’une puissance de divertissement comme Hollywood ? Avec la création d’environ 15 salles par jour, des revenus qui rivalisent avec les US, la Chine a triplé ses revenus du cinéma depuis 2010 et pourrait potentiellement dépasser les États-Unis cette année ou en 2016. Donc elle est en train de devenir une puissance majeure du divertissement (que ça vous plaise ou non.)

On comprend assez vite qu’il y a beaucoup d’argent à se faire dans ce milieu. Que ce soit pour des entreprises chinoises ou étrangères comme les studios américains. Dernier succès en date ? Le film Monster Hunt réalisé par Raman Hui, un ancien animateur de chez Dreamworks (Coïncidence ? Eh non, tout est pensé dans les Jeudi Com) qui a rapporté 384.19 millions de dollars. Plus gros succès de l’histoire dans le pays.

L’investissement économique mais aussi créatif chinois a donc augmenté depuis quelques années dans les productions internationales : Karate Kid, Cloud Atlas, Looper, Iron Man 3, Transformers 4 ou encore dernièrement Southpaw. Cet investissement est pour les chinois une manière d’aller comprendre l’industrie du divertissement US et essayer de recopier ce modèle en Chine : “Ils étaient sur le plateau et impliqués dans la production, post-production, marketing, tout” nous explique David Glasser, président de Weinstein Compagny qui a collaboré avec l’entreprise Wanda pour Southpaw.

Pour d’autres, l’investissement chinois permet d’atteindre une audience énorme qui peut rapporter beaucoup d’argent : “A cause de l’importance du marché chinois pour Hollywood, personne ne veut faire un film qui pourrait offenser la Chine” dit T.J. Green, un ancien cadre chez Warner. C’est d’ailleurs pour cela que des séquences de blockbuster sont créées spécialement pour la Chine comme dans Iron Man 3 ou encore Transformers 4.

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L’entreprise Wanda fait partie des “big four” des entreprises chinoises qui tentent de changer la manière dont l’industrie marche. En plus de Wanda, on compte Baidu, Alibaba et Tencent. Comme vous ne devez sûrement pas les connaître, autant vous dire ce qu’elles sont. Wanda est un conglomérat chinois regroupant des activités liées au tourisme, à l’hôtellerie et au cinéma. Baidu est le Google chinois. Alibaba est le e-bay chinois. Quant à Tencent, c’est aussi un gros conglomérat.

Wanda possède la plus grosse chaîne de cinéma en Chine et a racheté AMC Theaters, 2ème chaîne aux US. Tencent possède plus de 800 millions d’utilisateurs sur ses réseaux sociaux, Baidu est le moteur de recherche le plus utilisé en Chine et Alibaba est le plus grosse site de e-commerce dans le monde. On se sent petit, hein ?

D’un côté, Alibaba et Baidu possèdent des parts dans 2 des plus grosses entreprises de vidéos en ligne (qui deviennent elles-mêmes des studios) tandis que Alibaba and Tencent possèdent le système de ticket dans le pays.

Ainsi, les quatre entreprises, via toutes leurs succursales sont impliquées dans le processus de commercialisation des films. Wanda peut être financier ou producteur ou encore distributeur de films, Alibaba se place comme producteur, vendeur de ticket ou partenaire promotionnel, Baidu peut être un partenaire média et Tencent un vecteur important dans les réseaux sociaux.

Ces entreprises sont extrêmement connues en Chine via les différents services qu’elles possèdent. Alibaba et Baidu possèdent les 2 grands Youtube de Chine. Un marché important dans le pays puisqu’avec l’émergence des smartphones, les chinois consomment de plus en plus via ces médias. En 2014, il y avait 439 millions de chinois qui consommaient leurs vidéos sur mobile. Youku Tudou a par exemple co-marketé Moi, Moche & Méchant ou “Captain America: Winter Soldier” en Chine en proposant un streaming live de l’avant-première à Pékin et un show web avec Scarlett Johansson.

De l’autre côté, Tencent, est le propriétaire des deux services de Tchat du pays : QQ and WeChat. Vous ne les connaissez pas, mais je peux vous assurer que tout le monde a un compte dans un des deux services. Des services qui permettent d’atteindre de nombreuses personnes. Par exemple, via l’application WeChat Film, les utilisateurs peuvent acheter un ticket pour un film ce qui permet à l’entreprise de collecter des données personnelles comme le comportement et la localisation.

Sur le court terme, l’objectif de ces entreprises est de chercher du contenu à proposer en salles et d’exploiter les revenus online sur leur marché national. Mais sur le long terme, Tencent, Wanda, Baidu et Alibaba recherchent une distribution internationale pour les films dans lesquels ils investissent et veulent une plus grosse part du gâteau.

Une part du gâteau qui passe par un investissement à Hollywood. Comme expliqué plus haut, Wanda a racheté la chaîne de cinémas AMC Theaters pour la petite somme de 2.6 milliards de dollars en 2012. Quant à Lionsgate, le studio américain derrière “Hunger Games” a néogocié un contrat de financement et de droits avec Alibaba mais aussi Hunan TV, une chaîne de télé nationale afin de pouvoir rentrer dans le pays et amasser un peu d’argent eux aussi. Un contrat juteux puisqu’évalué à presque 1.5 milliard de dollars. Tencent a lui aussi négocié un contrat de diffusion des programmes de HBO, National Geographic et Sony Music.

“Nous voulons apprendre à faire des films qui plaisent à une audience globale.”
Ren Zhonglun, président de Shanghai Film Group

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Quoi de mieux pour apprendre que de se lancer dans l’aventure avec un énorme studio. Warner Bros Studios et China Media Capital (CNC) ont décidé de lancer une joint-venture Flagship Entertainment Group Limited avec pour objectif de créer une line-up de films en chinois, comprenant des blockbusters mondiaux qui seront distribués partout dans le monde, mais aussi en Chine.

Cette nouvelle entité combinera l’expertise de Warner à Hollywood avec la force opérationnelle et d’investissement d’une entreprise chinoise. L’objectif de Flagship Entertainment est de capitaliser ce marché en expansion pour du contenu de qualité chinois disponible partout. Et le PDG de Warner, Kevin Tsujihara a plein de bonnes choses à dire sur ce deal :

“Nous sommes impatients de travailler avec CMC sur cette nouvelle joint-venture. Warner a un héritage de très bons films et nous sommes ravis de partager cette expertise avec nos collègues chinois. Ce pays à l’incroyable histoire et culture peut fournir d’excellentes histoires et nous voulons aider à raconter ces histoires au public chinois, mais aussi à un public mondial.”

Flagship commencerait à produire des films pour 2016. Oui, dans un an.

La relation entre la Chine et le reste du monde reste encore paradoxale puisque chaque entité a besoin de l’autre. La chine a besoin de l’expertise de Hollywood pour créer des contenus globaux et Hollywood a besoin de la Chine pour entrer dans un marché en pleine expansion. Et chacun utilise l’autre sans savoir quelles vont être les conséquences. Donc difficile de savoir si le marché du film populaire chinois va exploser dans le monde entier comme Hollywood, mais en tout cas, l’objectif est là.

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