Summer : Critique

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LE FILM

Réalisation : Alanté Kavaïté
Scénario : Alanté Kavaïté
Photographie : Dominique Colin
Musique originale : JB Dunckel (Air)
Casting : Julija Steponaïtyté, Aïsté Dirziuté, Juraté Sodyté, Martynas Budraïtis…

Sortie française : le 29 juillet 2015

SYNOPSIS

« Sangaïlé, jeune fille de 17 ans, passe l’été avec ses parents dans leur villa au bord d’un lac de Lituanie. Comme chaque année, Sangaïlé se rend au show aérien. Cette fois, elle y fait la connaissance d’Austé, une fille de son âge, aussi extravertie que Sangaïlé est timide et mal dans sa peau.
Une amitié va s’épanouir dans la sensualité de l’été… »

(Source : Allociné)

CRITIQUE

Summer est le second long-métrage de la réalisatrice d’origine lituanienne après Écoute le temps, qu’elle avait tourné avec Émilie Dequenne dans le rôle titre en 2006. Elle retourne pour celui-ci réaliser dans le pays qui l’a vu grandir. Son histoire d’éveil sentimental estival, est, à défaut d’être original, le premier film LGBT réalisé dans le pays. Un long-métrage qui s’avère captivant malgré ses défauts.

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L’histoire est assez classique, et propose une opposition archétypale de deux personnages, deux filles, l’une réservée et l’autre beaucoup plus pétulante. La première, Sangaïlé, est une fille de bonne famille de Vilnius en vacances dans la maison de vacances de ses parents. Elle possède tout, mais ne sait quoi en faire. Cependant elle demeure triste. Et c’est lorsqu’elle rencontre pendant une fête son opposée, Austé, jeune fille bien dans sa peau que Sangaïlé va changer. Le film raconte comment un regard bienveillant posé sur quelqu’un peu bouleverser un individu.

Alanté Kavaïté n’hésite pas épaissir le trait de sa mise en scène pour montrer les différences de caractère entre les deux personnages. Le meilleur exemple est la chambre de chacune. Sangaïlé possède une chambre en bois, vide, habité uniquement par un lit. Alors qu’Austé, qui voue une fascination à la mode des années 60, a sa chambre recouverte de fourrures, de tissus et bibelots incongrus. Elle va la faire pénétrer dans son monde, un univers à mille lieux de celui de Sangaïlé, pour l’amener à un lâcher prise dans le but d’exercer son rêve. Car ce qui envoûte dans Summer c’est son arrière plan. Le personnage est fasciné par la voltige aérienne, la Lituanie ayant un rapport très particulier avec l’aviation.

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La mise en image de cette peur du vide dont souffre Sangaïlé, donne lieu à des passages d’une beauté hypnotique. Les scènes de voltiges sont très belles, et la réalisatrice n’hésite pas à offrir une mise en scène radicale, et inattendue, comme ce plan en plongée sur la maison familiale. La relation au film devient très vite charnelle, la réalisatrice scrutant les moindres détails du physique de ses personnages. L’histoire s’écrit alors moins avec les dialogues qu’avec les intérieurs, et leur rapport avec les corps, mais aussi par les paysages industriels faits d’usines thermiques et lac artificiels très cinématographiques. Une expérience sensorielle et que la musique electronica de JB Dunckel vient renforcer.

Si la narration semble un peu convenue dans son intrigue, il faut souligner des personnages qui ne sont pas clichés dans leur caractérisation. Sangaïlé a beau être mal dans sa peau, elle n’est pas en guerre contre ses parents, bien au contraire. Elle demande même conseil à sa mère, et la questionne sur son passé de danseuse étoile. Par ailleurs la réalisatrice ne filme pas les souffrances que s’infligent son personnage comme une folie mais plus comme une addiction. Elle filme très simplement cette différence entre les adultes qui ont grandi dans un pays où ils parlaient russe, et cette nouvelle génération pleine de candeur qui n’a pas connu cette période.

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La curieuse osmose créée dans le film est communicative, et l’on se sent apaisé quand vient la fin du film. La musique couplée à cette caméra ouverte sur les songes, permet d’offrir un peu plus à ce nouveau film sur le passage de l’adolescence au monde adulte, en invitant le spectateur à décoller avec lui. L’aisance de la réalisatrice pour installer une ambiance singulière n’est pas sans rappeler de façon moindre le cinéma de Gus Van Sant, et cette comparaison des plus flatteuses, suffit à garder les yeux grands rivés sur cette cinéaste délicate.

BANDE ANNONCE

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Lucas Guthmann

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