L’Épreuve : Critique

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SYNOPSIS

« Rebecca est une photographe de guerre de renommée internationale. Alors qu’elle est en reportage en Afghanistan pour suivre un groupe de femmes qui préparent un attentat suicide, elle est gravement blessée par l’explosion d’une bombe. De retour chez elle en Irlande, pour se remettre de ce traumatisme, elle doit affronter une autre épreuve. Marcus, son mari et Stéphanie, sa fille ainée de 13 ans, ne supportent plus l’angoisse provoquée par les risques que son métier impose. Rebecca, qui est déchirée entre les souffrances qu’elle fait subir à ses proches et sa passion de photoreporter, doit faire face à un ultimatum : choisir entre son travail et sa famille. Mais peut-on vraiment échapper à sa vocation, aussi dangereuse soit-elle ? Renoncera t-elle à couvrir ces zones de combats, et à sa volonté de dénoncer la tragédie humaine de son époque ? »
(Source : Allociné)

LE FILM

Réalisateur : Erik Poppe
Scénario : Harald Rosenløw-Eeg
Photographie : John Christian Rosenlund
Musique : Armand Amar
Casting : Juliette Binoche, Nikolaj Coster-Waldau, Lauryn Canny

Sortie française : 6 mai 2015

CRITIQUE

Prendre comme sujet la photographie de guerre, très peu traité – donc intéressant – n’est pas chose aisée. Comment réussir à retranscrire les sensations lors de son travail, et rendre ce dernier cinématographique. La question ne se pose pas vraiment pour « L’Épreuve » puisque l’on ne passe pas la majeure partie du film dans les zones de conflits mais au sein de la famille de Rebecca, la photographe de guerre en question. Cette dernière interprétée par Juliette Binoche, une fois rentrée chez elle va devoir faire face aux inquiétudes de ses proches, mettant en confrontation sa passion et ses obligations.

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L’histoire est directement inspirée de la vie du réalisateur norvégien du film Erik Poppe, qui fut reporter de guerre jusque dans les années 80 et est donc à même de livrer son expérience dans un long-métrage réaliste et extrêmement bien documenté. Encore faudrait il une manière qui convienne au sujet et un scénario qui évite de grossir ses traits. Car les questionnements que tentent de soulever le film sont loin d’être inintéressants. Comment imposer à ma famille la peur d’un non-retour à chacune de mes interventions ? Comment tolérer que les gens ne puissent pas s’intéresser aux horreurs qui se passent dans le monde ? Ou encore, comment réussir à vivre de retour chez soi, si loin de ce qui nous anime ? Autant de questions que soulève Erik Poppe avec son film, mais auxquelles il n’arrive pas à donner une consistance qui lui est propre.

Pour deux raisons simples, l’homme qu’il est devient ici une femme en le rôle de Rebecca. Parce que le conflit se passe dans des régions de culture islamique, et une femme peut plus facilement approcher ces martyres ceinturés d’explosifs, assister à leur préparation jusqu’à peu avant l’acte terroriste. Mais aussi parce que l’absence d’une mère au sein d’un foyer est jugée à tort plus sévèrement que celle d’un père. Après une scène d’introduction efficace qui attise notre curiosité quant à la suite de l’histoire, le film peine à convaincre lors du retour au foyer de Rebecca.

En effet, la relation difficile du personnage avec le reste de sa famille n’est en rien aidée par un scénario qui n’évite pas une certaine lourdeur dans son écriture. Au delà de certaines facilités, qui tendent vers le côté peu plausible de certaines scènes, à l’image d’une mère ultra-intrusive, et d’un père qui survient à trois reprises au mauvais endroit au mauvais moment pour être témoin de ce qu’il ne devrait pas et accentuer le pathos. Il y a aussi une écriture peu subtile des personnages, à la réflexion unidirectionnelle, accablant Rebecca. Le mari bien qu’inquiet qui comprend peu sa femme, alors que lui aussi vit de sa passion, des amis un brin bêta, une patronne un poil lunatique viennent donner ce côté non-naturel et forcé du film. Ajouter à cela une réalisation désincarnée et impersonnelle à l’esthétique de clip qui ne convient pas au film.

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Des comédiens qui livrent une prestation correcte, y compris Juliette Binoche juste et touchante, mais que l’on a connu plus inspirée. On retiendra une ou deux belles scènes qui donnent un aperçu de ce que le film aurait pu être s’il s‘était débarrassé de son côté mélo que le réalisateur n’arrive pas à faire fonctionner, faisant passer le film à côté de son sujet. On aurait préféré passer plus de temps dans les couleurs chaudes du conflit que dans celles ternes du foyer. Frustrant.

BANDE ANNONCE

 

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Lucas Guthmann

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