Every Thing Will Be Fine : Critique

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LE FILM

Réalisation : Wim Wenders
Scénario : Bjørn Olaf Johannessen
Photographie : Benoit Debie
Musique : Alexandre Desplat
Casting : James Franco, Charlotte Gainsbourg, Rachel McAdams, Marie-José Croze…

Sortie française : 22 avril 2015

SYNOPSIS

« Après une dispute avec sa compagne, Tomas, un jeune écrivain en mal d’inspiration, conduit sa voiture sans but sur une route enneigée. En raison de l’épaisse couche de neige et du manque de visibilité, Tomas percute mortellement un jeune garçon qui traversait la route. Après plusieurs années, et alors que ses relations volent en éclats et que tout semble perdu, Tomas trouve un chemin inattendu vers la rédemption : sa tragédie se transforme en succès littéraire. Mais au moment où il pensait avoir passé ce terrible événement, Tomas apprend à ses dépens que certaines personnes n’en ont pas fini avec lui… »

(Source : Allociné)

CRITIQUE

Wim Wenders a toujours imprégné ses fictions d’éléments documentaires. La personnification de la ville de Berlin dans « Les Ailes du Désir » en est un exemple frappant. Ce ne fut pas une surprise de le voir se diriger vers cette forme pour ses derniers films qui se révélèrent des très bons documentaires à savoir « Pina » et « Le Sel de la Terre ». « Every thing will be fine » est donc son retour à un film de pure fiction. De par sa forme si habitée le long-métrage lui ressemble, mais l’étonnement survient du côté d’une narration atypique. Et une question se pose. Qu’est-ce qui emmène aujourd’hui le réalisateur, maître lorsqu’il s’agit de filmer une certaine dilatation du temps présent, à nous offrir un récit qui se déroule sur plus de dix années ?

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Le film parle de culpabilité. De prime abord, ce sujet ne semble pas bien original. Mais Wim Wenders semble vouloir questionner autre chose, et s’intéresse à la culpabilité comme moteur de création d’une œuvre. Et surtout à la légitimité d’exploiter un fait réel, intime à des fins personnelles et dans un but artistique. En l’occurrence ici, l’expérience traumatisante vécue par Tomas, va l’aider à se dépasser et à devenir un meilleur écrivain. Le succès grandissant il va devoir vivre avec le poids de cette culpabilité. Mais il n’est pas le seul à avoir vécu cet événement, puisqu’il existe un survivant à cet accident avec lequel il est étroitement lié, et à qui il devra faire face, refaisant surface des années après. De quelle façon, ces deux personnes font influer l’une sur l’autre au long de leur vie. Un questionnement universel qui aurait du tous nous toucher, et pourtant.

Certains choix sont discutables, à commencer par le casting. Si Charlotte Gainsbourg est très bien, habitée par son personnage tout en conservant son jeu si particulier, il n’est pas évident d’en dire de même pour James Franco qui incarne Tomas. Un personnage introverti et réservé, créatif enveloppé de mystère. Le choix pouvait sembler logique, artiste touche à tout, lui-même acteur et écrivain devait parfaitement comprendre les tiraillements de son personnage. Et pourtant l’interprétation qu’en livre ce dernier peine à convaincre pleinement. Il a fait le choix d’un jeu à minima, si minimaliste qu’il s’efface et semble ne plus jouer. Même si Wenders a souhaité que Franco soit le personnage plutôt qu’il ne le joue, et cela pour plusieurs raisons, ce choix pose problème. Écrivain il travaille seul et parle peu. Et nous nous retrouvons souvent avec lui, face à ses doutes. La transparence de son jeu aurait du nous permettre d’avoir accès à la palette de ces sentiments de l’intime mais nous donne au bout du compte l’impression de passer deux longues heures avec un homme atone. Il ne sortira que très peu de cette apathie, même lors de ses différentes relations amoureuses. Seul les enfants lui permettront ponctuellement d’exprimer autre chose que cette presque inertie.

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Mais ce choix s’accorde avec la léthargie perceptible du film. Le récit est composé de quatre ellipses majeures introduites par des repères temporels qui s’affichent sur l’image. Entre elles des blocs de vies segmentées misent les unes à la suite des autres par des fondus au noir qui nous donnent la sensation d’assister uniquement à des amorces de scènes. Le procédé théâtralise l’ensemble, et les séquences se réduisent à leur aspect fonctionnel. On se retrouve face à une situation et la quittons dés que le propos, l’information narrative ou émotionnelle est délivrée. La faute principalement à un film qui a du mal à se détacher de son scénario pour le laisser respirer afin de l’amputer de son côté mécanique. Mais cela est aussi du à l’usage de la 3D, dont l’utilisation amplifie le moindre effet, obligeant une très grande préparation et une rigueur d’exécution, retirant toute forme de spontanéité. Ce qui est franchement dommage pour un réalisateur qui qualifie son travail de recherche constante lors du tournage. Par ailleurs la 3D donne presque trop de détails et empêche une certaine empathie avec les comédiens. Trop de distance, cela enferme ses personnages dans des caissons invisibles comme si on observait ce drame humain de derrière les vitres d’un zoo.

De cette façon on ne regarde plus uniquement un écran mais à travers une fenêtre qui donne sur une autre fenêtre, comme le montre certains beaux plans qui font penser aux peintures du peintre Hopper. Et parfois même l’homme vient à disparaître au profil de l’humain et c’est dés lors que l’on comprend ce choix tridimensionnel. Car c’est bien de part sa mise en scène que Wim Wenders brille le plus. La 3D n’était pas obligatoire mais force est de constater la pertinence de son usage. L’effet ne vient pas uniquement rehausser un scénario peu relevé.
Certes le récit est trop étouffé mais la mise en scène permet à quelques reprises de laisser s’installer un degré de magie propice au conte. Comme pour la scène où Wenders introduit un rapprochement entre les personnages de Gainsbourg et Franco qui échangent au téléphone, chacun chez soi, et superpose les plans dans un subtil ballet afin de nous faire croire qu’ils sont proches physiquement. Car elle le laisse enfin entrer dans sa vie pour lui permettre de se remettre de l’accident et lui offrir la possibilité de digérer le passé. La séquence d’après finira par les réunir et nous offrir une très belle scène durant laquelle les couleurs jusqu’à présent froides deviennent chaudes au réveil de Tomas qui profite du sommeil de Kate pour s’imprégner de la maison. Wenders réussit à capter le côté unique du lieu. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la qualité de la mise en scène de l’espace dans son film et de son intensification grâce à la 3D.

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Malheureusement le film ne tient pas les promesses amorcées dans les quinze premières minutes et sa scène d’accident qui augurait le meilleur pour la suite. Wenders semble peu inspiré par son histoire auquel il n’arrive pas à insuffler le rythme propice à son sujet. Pourtant ce dernier était prometteur. Le procédé de montage, choix de narration et usage de la 3D segmentent le récit et nous amène à retenir une séquence plus qu’une autre. Fort heureusement le réalisateur sait convaincre dans sa mise en scène et nous offre de beaux moments. Mais ces tronçons mis bout à bout donnent un tout qui peine à convaincre. Wenders dit s’être posé la question « Ma vie a-t-elle un sens si je fais uniquement ce que je sais faire de mieux ? ». La réponse est probablement non, mais on ose espérer que ses pérégrinations futures seront plus mémorables que ce film qui laisse un sentiment de potentiel gâché à la fin de la séance.

BANDE ANNONCE

 

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Lucas Guthmann

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