Snow in Paradise : Critique

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SYNOPSIS

« D’après une histoire vraie. Dave est un petit délinquant qui mène sa vie, entre drogue et de violence, dans l’East End de Londres. Lorsque ses agissements entraînent la mort de Tariq, son meilleur ami, Dave est terrassé pour la première fois par la honte et le remords. Alors qu’il commence à faire la paix avec lui-même, son passé de criminel revient le mettre à l’épreuve. »
(Source : Allociné)

LE FILM

Réalisateur : Andrew Hulme
Scénario : Martin Askew & Andrew Hulme
Photographie : Mark Wolf
Musique : Kevin Pollard
Casting : Frederick Schmidt, Martin Askew, Aymen Hamdouchi, Claire-Louise Cordwell

Sortie française : 4 mars 2015

CRITIQUE

« Snow in Paradise » conte l’histoire de Dave, jeune tête brûlée complètement perdu, qui habite dans un quartier difficile de l’East London et vit de petits trafics au service de son oncle, un mafieux local craint. Lorsqu’il ne deale pas, il passe son temps à fumer du crack avec sa compagne, maman d’un petit garçon, qui se prostitue. Sur le papier rien de bien original, mais c’est sans compter sur les talents d’Andrew Hulme pour immerger le spectateur dans une ambiance rugueuse, et de l’acteur principal que l’on ne quitte jamais, Frederick Schmidt, véritable découverte.

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Le milieu de la mafia est très codifié, et le personnage de Dave ne semble pas saisir ses codes, il s’en moque. Il dépasse la limite et le paie chère. Affligé de la disparition par sa faute de son seul ami Tariq, Dave va sombrer dans une errance, ne discernant plus grand chose. Vivant entre fantasmes et réalité, il va entamer un difficile parcours initiatique qui le dirigera vers l’islam. La caméra ne lâche jamais cette surprenante silhouette dégingandée inédite jusqu’alors, et à laquelle on a bien failli échapper. Quelques mots sur l’interprète de Dave, Frederick Schmidt qui s’est fait remarquer dans la rue lors d’une pause à son travail suite à une dispute avec son patron et admet qu’il n’avait jamais pensé se diriger vers l’actorat. Il cite comme modèles d’acteurs, entre autres, Tom Hardy, Michael Fassbender, James McAvoy.
C’est après ce pivot scénaristique que le film dérive de son postulat initial de banal film de gangster et va prendre un tout autre aspect. On va traverser auprès du personnage une riche palette d’émotions. On adopte son point de vue, la caméra filmant ce qu’il voit, ses émotions nous sont parfaitement retranscrites. Et ce dernier bien que perdu, va grandement évoluer au fur et à mesure du récit. Par ailleurs l’histoire est tirée de la vie de Martin Askew qui interprète ici l’oncle Jimmy et co-signe le scénario, et sa découverte de l’islam, religion en laquelle il a trouvé refuge. Car dans ce calvaire psychologique, la mosquée a été le seul endroit où les gens ont pris le temps de l’écouter et qu’il a pu trouver dans les valeurs de paix et de tolérance, une porte de sortie à son chemin de croix. Ou c’est tout du moins ce que Dave semble croire.

Le film va au-delà des clichés habituels du genre, et propose un véritable voyage sensoriel. Le réalisateur, initialement monteur de profession, de films comme « Control », « The American », « Slevin » ou « The Red Riding Trilogy – 1974 », nous y plonge parfaitement, en nous distillant les éléments sonores et visuels nécessaires à une atmosphère anxiogène, et de part son rythme lent nous accroche. Dans son désespoir Dave use de la drogue et l’ambiance devient délétère enveloppant l’ensemble d’un poisseux onirisme, donnant lieu à des séquences à la beauté formelle incontestable. Cette rédemption, cette remise en question d’un homme au fond du trou élève le film de son statut de film de gangster classique et l’emmène du côté des thrillers qui se questionnent avant tout sur l’humain. Et c’est là la singularité du film, emprunter à plusieurs genres distingués, et dans ce mélange y trouver sa singularité, y insuffler ce qui fait sa particularité, l’interrogation sur la spiritualité.

Qui part ailleurs est probablement ma seule frustration du film, que cette découverte de la religion ne soit pas plus approfondie. Car le personnage s’y tourne dès lors que les autres drogues qu’il touche ne lui suffisent plus. La répétition nécessaire des scènes exprimant le mal-être de Dave pourra en agacer plus d’un, mais celles-ci sont importantes dans la réflexion du réalisateur quant à son thème principal. Le réalisateur donne du rythme à cette quête vers la paix intérieure, et nous fait ressentir la vibrante transe finale de son personnage. Situation transitoire en attente d’une réelle sérénité. La lancinante ambiance sonore couplée au montage palpitant et à la photographie viscérale donnent l’impression de voir le monde à travers les yeux de Dave.

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Cette forme dessert un fond qui aurait pu être un peu plus approfondi mais qu’importe, le portrait qui est dressé est juste, sincère, et l’on sent que le réalisateur a beaucoup de choses à nous dire et qu’il lui faudra plus d’un film pour cela, et c’est tant mieux. Le réalisme poétique seyant parfaitement à son discours. Même si le film n’est pas exempt de défauts comme l’interprétation parfois clichée des personnages secondaires, il s’agit là d’un premier essai très prometteur qu’il est important de saluer. Et l’agréable sensation d’observer de loin le volcan Frederick Schmidt qui ne demande qu’à entrer en irruption

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Lucas Guthmann

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