Shaun le Mouton : Critique

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SYNOPSIS

« Lorsque qu’une blague de Shaun entraîne accidentellement le fermier jusqu’à la Grande Ville, Shaun, Bitzer et le reste du troupeau se retrouvent embarqués dans une aventure complêêêêtement inattendue en plein grande ville… Shaun arrivera-t-il à retrouver le Fermier dans cette ville étrangère et inconnue avant de s’y perdre pour toujours ? »
(Source : Allociné)

LE FILM

Réalisateurs : Mark Burton & Richard Starzak
Scénario : Mark Burton & Richard Starzak
Superviseur des effets visuels : Howard Jones & Carl Chittenden
Directeur technique : Tommy Barnes
Musique : Ilan Eshkeri
Casting : Justin Fletcher, John B. Sparkes, Omid Djalili…
Production : Aardman Animations & StudioCanal

Sortie française : 1er avril 2015

CRITIQUE

Tu te souviens quand tu étais encore un enfant tu t’amusais avec ta pâte à modeler, et t’enivrais de son doux parfum chimique si particulier. Mais déçu d’avoir mélangé les couleurs et n’arrivant à rien faire d’autre qu’un vulgaire bonhomme hideux, voir au mieux un petit cochon rose, tu rangeais la pâte collante dans un coin et sortais faire du vélo, activité bien plus palpitante selon toi. Sauf qu’un enfant sur cette terre, nommé Peter Lord, n’a pas abandonné. Il rencontra David Sproxton, un autre garçon avec les mêmes centres d’intérêt, et à eux deux ils fondèrent Aardman Animations afin de produire leurs petits films. C’est suite à leur association avec Nick Park, et la création de l’inventeur Wallace et de son chien intelligent Gromit, qu’ils se firent connaître du grand public. C’est en 1995 dans leur aventure « Rasé de près » qu’était apparu le petit Shaun dont on suit les aventures ici dans un film, après son passage à la télé dans plus de 120 épisodes.

Shaun the Sheep the Movie

Shaun pourrait être le seigneur des agneaux, mais c’est un mouton. Il vit dans une petite ferme avec ses copains ovins nettement moins malins que lui. Les jours se ressemblent tristement, et Shaun, lassé de son quotidien décide de prendre des petites vacances dans la capitale anglaise. Car même si le film commence comme une série américaine, avec ses images de souvenirs en super 8 avec une balade rock-folk en fond sonore, c’est bien l’Angleterre qui transpire à chaque plan, et surtout par son humour, à mi-chemin entre « slapstick », burlesque et non-sens. Ponctué de références aux précédentes productions du studio, mais aussi à la culture populaire et aux classiques du cinéma. À l’inverse de leur précédente production, « Les Pirates : bons à rien, mauvais en tout » les paroles sont absentes du film. Quoi de plus normal puisqu’il s’agit de moutons. Quelques grommèlements remplacent les paroles de certains humains et notamment du redoutable agent d’une fourrière de Londres. Un vieux garçon, bêêêêête et méchant, misogyne de surcroit, à qui les moutons vont faire vivre le pire pendant 80 minutes.

Bien qu’humanisé, le film est une mise en scène des fantasmes que suscitent le monde animalier sur nous. Il est parfaitement rythmé par les élucubrations de cette joyeuse drille, dont le but est de faire retrouver la mémoire à leur propriétaire qui, ayant reçu un coup sur la tête, est devenu entre temps une star grâce à ses talents de tondeur. Les réalisateurs en profitent pour taquiner le monde d’aujourd’hui et adresse quelques petites piques bien senties aux phénomènes de modes absurdes et aux réseaux sociaux. S’il met en confrontation le milieu rural et la ville, il le fait toujours avec respect et humour, montrant les deux comme complémentaires et non divergents. Le film ne s’encombre heureusement pas de grands discours sociétaux qui auraient été malvenus afin de laisser place uniquement à la succession de gags qui le compose. Le film est d’une maitrise et d’une qualité formelle indiscutable, tout est pensé, maitrisé, jusqu’au moindre petit détail pour le plus grand plaisir des yeux, aveux d’une passion incommensurable des réalisateurs et techniciens pour leur art.

Shaun das Schaf - Der Film

Les studios Aardman ne sont pas les seuls techniciens en « claymotion » mais se sont les plus british d’entre eux, et probablement les plus doués et les plus constants, fiers de leur art qui s’affine avec le temps. Alors que l’animation digitale est omniprésente, rien ne les effraie et ils prouvent à l’instar de Ghibli (ou Plympton pour les adultes), qu’une alternative de qualité, appréciée du grand public, est possible. Amoureux de la matière, ça fait maintenant plus de 40 ans qu’ils nous éblouissent par leur travail, et « Shaun le mouton » en est le parfait exemple. Une démonstration d’inventivité et de savoir faire, au service de l’humour et de l’amusement. Le film est d’une véritable réjouissance et mérite sa place dans le haut du panier de l’animation actuelle. S’en priver serait bien dommage.

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Lucas Guthmann

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