Wolf Smoke Studio : Une autre facette de l’animation

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Présentation du studio

Wolf Smoke est un studio d’animation chinois fondé en 2006 par Cloud Yang (aka Jin-roh) et Clover Xie.

Initialement, Cloud Yand n’a aucune réelle expérience artistique. C’est en travaillant en tant qu’animateur pour des dessins animés américains, européens et japonais qu’il a appris. Au sein du studio, il est considéré comme l’animateur principal.

Clover Xie, en revanche, a dès son enfance gagné de nombreux prix artistiques. Étant une écrivain et artiste d’image de synthèses, elle s’occupa dès ses débuts chez Wolf Smoke Studio des script, de la conception design et de la création des arrières plans pour les court métrages.

Aujourd’hui encore, le duo est au coeur du studio et s’occupe de la majeur partie de l’animation des court-métrages. Mais il y a tout de même de nouveaux membres qui ont rejoint l’équipe et mettent d’autres projets en place pour lesquels Cloud Yang et Clover Xie font la phase de pré-design et chapeautent la réalisation par la suite afin de contrôler les idées et la qualité.

L’ambition du studio depuis ses origines est de faire changer certaines choses dans l’animation d’aujourd’hui en Chine mais aussi dans sa globalité. Offrir quelque chose de nouveau, de jamais vu et de qualité.

Le studio est avant tout connu pour “Batman of Shanghai”, co-produit avec Warner Bros. Animation et distribué par Cartoon Network en 2012. Leurs productions personnelles sont moins réputées, mais ils ont réalisé quatre court-métrages dont le dernier “Kung Fu Cooking Girls” date de 2011.

Vous pourrez très prochainement découvrir les différents court métrages du studio sur Cinécomça.

Actuellement et pour la première fois, Wolf Smoke Studio entame un projet de long-métrage qu’il a réussi à financer grâce à un sponsor. Il s’agit d’une adaptation de leur court métrage “Kung Fu Cooking Girls”. Contrairement à leur court métrage, celui-ci leur donne l’opportunité d’approfondir leurs idées et de montrer d’avantage à l’écran. Toutefois, le long métrage implique également des contraintes, il faut que le film convienne à un large public.

Interview

Pour vous en faire découvrir davantage sur Wolf Smoke Studio, nous avons décidé de vous traduire l’interview très intéressante réalisée par AWN (Dan Sarto) avec Clover Xie.
Celle-ci est très enrichissante autant pour ce qui concerne le studio et son futur long métrage que ce qui concerne l’industrie de l’animation chinoise.

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Dan Sarto : Produisez-vous votre film pour une distribution essentiellement chinoise ou visez- vous également le marché international ?

Clover Xie : Le fonctionnement en Chine est assez étrange car le résultat ne dépend pas de la qualité du film, mais de comment celui-ci est marqueté et si il y a des stars dedans. Mais dans le cas présent, il s’agit d’animation dont nous n’avons pas de stars. Comme le montant investi dans le projet n’est pas moindre, pour avoir des retombées, nous devrons distribuer à l’étranger.

DS : Constituez-vous votre propre équipe pour la production du film ou laissez-vous une autre entreprise gérer l’animation ?

CX : Nous avons pratiquement tout le staff nécessaire au sein du studio. Récemment, une artiste américaine nous a rejoint. Elle nous a beaucoup aidés.
Nous recevons souvent des candidatures d’autres pays, mais à cause de la langue et d’enjeux culturels, nous ne souhaitons pas embaucher trop d’étrangers pour le moment à quelques exceptions près. Nous voulons que Wolf Smoke reste assez petit et flexible

Nous avons essayé de trouver un groupe d’animateurs en Chine, mais c’est très très dur. Si vous connaissez l’industrie de l’animation en Chine, vous comprendriez la difficulté de trouver une équipe ou des personnes capables de répondre à nos standards. Toutes les compagnies que nous connaissons n’ont pas assez de gens talentueux. La production de nos films est donc externalisée.

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DS : Il y a des centaines de milliers d’étudiants en animation qui sont diplômés chaque année en Chine, et même avec cela, vous ne trouvez personne à la hauteur de vos attentes ? Pourquoi est-il si difficile de trouver des talents en Chine ?

CX : C’est la grande question et il y a de multiples raisons.

Il y a 5 ou 10 ans, la Chine était un pays où Disney ou des projets japonnais externalisaient leur production, mais uniquement pour faire des étapes d’entre-deux telles que la couleur, les grandes lignes. Ils ne donnaient jamais la partie principale du travail à la Chine. Par conséquent, il n’y avait pas d’opportunité pour progresser. Il fallait apprendre par soi-même.

Aujourd’hui, l’industrie de l’animation en Chine va descendante et même avec de la patience et de la passion, une fois entré dans le secteur, on réalise qu’il n’y a rien à apprendre. Le niveau est bas car tout le monde veut de l’argent de la part du gouvernement. Mais ce but va dans la mauvaise direction.

C’est pour cette raison que nous faisons des court métrages. Il faut qu’on relève le niveau et la qualité puis qu’on réussisse ensuite à la conserver, même si on ne devient pas important. Nous avons beaucoup d’opportunités pour devenir plus importants. D’autres industries veulent investir dans l’animation, mais elles ne comprennent pas comment cela fonctionne.

On ne veut pas de cet argent. Si on me donne 1 million de dollars cette année et que 2 millions en retour sont demandés l’année suivante, c’est juste impossible. Le sponsor doit respecter ce que nous faisons et doit savoir comment l’industrie fonctionne, il a des risque d’y perdre. Si vous n’êtes pas préparés aux risques, alors il ne vaut mieux pas investir. C’est pour cette raison que nous avons attendu jusqu’à maintenant pour avoir un sponsor.

Tous ceux que nous embauchons localement ont besoin d’un entraînement de plusieurs années. Dans l’animation, il faut attendre 3 à 4 ans avant de pouvoir gagner de l’argent, alors que dans l’industrie du jeu, le standard de travail est bien plus bas et on y gagne plus rapidement. Même si tu viens à peine d’être diplômé, il est possible d’intégrer une entreprise de jeux vidéo et de gagner beaucoup d’argent.

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DS : D’où vous vient votre inspiration en tant qu’artistes et réalisateurs ?

CX : En fait, on se fiche un peu du moyen utilisé pour raconter une histoire. C’est juste que nous sommes familiers avec l’animation. Peut-être qu’on essaiera les comics, les romans ou le film d’action. L’animation n’est pas la seule chose que nous voulons essayer.

Avez-vous vu Jin Roh ? C’est le film favori de Cloud parce que c’est davantage comme le jeu de personnes réelles que de l’animation. Cela parle de choses réelles et pas de choses fantastiques. Comme la guerre ou les relations entre personnes, ou la sensation de tuer quelqu’un d’autre. Ce n’est pas pour les enfants. Je pense que la plupart des réalisateurs rêvent de faire quelque chose comme ça, mais le marketing qui à lieu par la suite ne le permet pas.

C’est la direction que nous souhaitons prendre, mais probablement pas avant un certain nombre d’années. Quand nous aurons de l’argent et que nous n’aurons pas de responsabilité vis-à-vis d’autres personnes, nous ferons des films comme ça. Mais ce n’est pas un film avec un happy ending.

DS : Qu’est-ce que vous apporte la création de comics que vous n’avez pas avec un film ?

CX : En Chine, les gens pensent que l’animation est uniquement pour les enfants. C’est compliqué de faire comprendre que l’histoire est l’objet central, que cela soit de l’animation ou de la prise de vue réelle. Les gens ne prennent en compte que le support. Les parents pensent qu’ils doivent amener leurs enfants voir de l’animation.

L’animation, ce n’est pas juste Pixar et DreamWorks. Nous aimons beaucoup ces films, mais nous pensons qu’avant le Japon voyait plus loin, expérimentait et prenait des risques. L’animation japonaise est aujourd’hui plus monotone, tout se ressemble un peu. Nous avons envie de raconter des histoires de différentes manières. Par exemple la signification de la mort ? Les gens s’en foutent de ça. Le gouvernement chinois ne veut pas de personnes s’embrassant dans un film d’animation, encore moins du sang, mais c’est ce que nous voulons changer. Les gens changent déjà petit à petit mais ça prend du temps.

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DS : Quels sont les plus gros challenges dans la production de votre film ?

C X: On aurait besoin de plus de 100 personnes pour produire le film. Mais nous ne prendrions pas le risque de faire quelque chose comme ça en Chine.
Aujourd’huin, même au Japon et en Corée, ils ont ce problème. Au Japon les bon animateurs sont très vieux ou décédés. Avant il fallait travailler dur pendant plus de 5 ans pour devenir un animateur mais maintenant cela ne prend plus que 6 mois parce qu’il manque des mains.

La situation est pareil partout dans le monde, même en Amérique. Les américains ne peuvent pas produire un film d’animation 2D dans sa totalité par eux-même. Nous avons beaucoup d’amis travaillant pour Warner Bros. et Nickelodeon, mais ils s’occupent seulement de l’histoire et des storyboards. Le travail est ensuite envoyé autre part.

DS : Lorsque j’ai interviewé Miyazaki, il me disait qu’il pensait que son studio est devenu trop gros. Dès que ton studio a de l’importance, il faut créer des films et faire de l’argent pour supporter le studio. Les studios font trop de films, il faudrait des studios plus petits, faire moins de films et avoir plus de temps.

CX : C’est la raison pour laquelle nous voulons rester petit. Nous voulons être rapides et intelligents. Nous pouvons tenter plusieurs directions. S’il y a 100 bouches à nourrir, il faut faire au moins 2 films par an. Nous ne voulons pas être une usine. Si c’était le cas nous aurions une usine de chaussures ou de vêtements, mais pourquoi créerions-nous une usine d’animation ? Pixar et DreamWorks ont le même problème. Ils ont trop d’employés même s’ils ont encore de la place pour d’autres artistes. En Chine, il n’y a pas la place. Nous voulons être une usine d’idées, mais pas de production, c’est la différence.

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DS : DreamWorks est un exemple de studio qui vit et meurt au rythme de ses succès. Ils ont dû réduire leurs équipe pour maintenir des sorties régulière. On peut ici parler d’une usine d’animation.

CX : C’est une autre raison pour laquelle nous pensons avoir une opportunité. Les long métrages de Pixar et DreamWorks, pour être honnête deviennent de plus en plus similaires. Ils ont un contrôle marketing et financier qui leur permet de se diriger que dans une seule direction. S’ils dépassent la limite, ils prennent un risque. Peut-être que l’artiste aimera l’idée et qu’il pense que cela plaira au public, mais le producteur dira non car c’est trop risqué. La technologie est de plus en plus perfectionné, notamment pour les vêtements et les cheveux, c’est devenu parfait. Mais les histoires et les idées ont des limites à ne pas franchir.

Pour la Chine, des films comme Dragons, Kung Fu Panda et Les Croods, peuvent paraître plein de nouveautés. Mais qu’en sera-t-il dans 5 ans ? Il faut faire quelque chose de spécial et de nouveau. Quand on montre nos films à nos amis, il faudra qu’ils pensent “Je n’ai jamais vu ça avant, c’est super intéressant.”

Nous pensons que la Chine doit conserver son style pour pouvoir surprendre le public. C’est ce qu’ont fait avec des films tels que “Kung Fu Cooking Girls”. Nous n’avons pas pu mettre tout dans le court métrage, mais avec 90 minutes nous avons du temps pour toutes nos idées. Nous montrerons beaucoup de choses folles et très différentes que les occidentaux ne sont pas habitués à voir. C’est notre opportunité car nous sommes différents de DreamWorks. Et la différence est ce dont les gens ont besoin.

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DS : Il semble qu’en Chine, il y a souvent la volonté de faire le plus vite et le plus facilement en dépit de la qualité de la production. Nous avons l’impression que vous voulez vous éloigner le plus possible de cela ?

CX : Si nous voulions le faire on aurait sûrement lâché l’affaire il y a cinq ans. Nous pouvons comprendre que tout le monde souhaite avoir de l’argent rapidement. Mais quand on voit l’argent, on fait le maximum pour aller dans sa direction, et en réalité on va dans le sens opposé.
Au début, quand on travaille le design, on ne prend pas l’argent en compte. Bien évidemment on veut de l’argent au final, mais avant tout il faut se concentrer sur l’idée de comment se faire de l’argent et comment plaire au gens et à soi-même. Il faut rendre la chose intéressante et marrante. Mais nous ne sommes pas de ceux qui aiment uniquement les court métrages élégants et artistique scar parfois on ne comprend même pas la signification derrière.

DS : Sans blague.

CX : Pour une courte durée, ce type de film est acceptable mais pour 90 minutes ? Tu t’assois et tu ne sais pas de quoi ça parle. Nous avons montré notre travail à des amis. Nous avons des investisseurs, mais nous sommes chanceux parce qu’ils nous admirent, ils nous ont dit “Allez-y, faites ce que vous voulez”. Nous ne pouvons pas savoir si notre film marchera. Nous ne pouvons rien promettre.

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DS : J’admire votre philosophie. Il y a un sentiment de sincérité dedans. Il y a peu de personnes qui ont le courage d’avoir une vision des choses et de ne pas la compromettre. C’est compliqué, à moins d’avoir un oncle riche et fou.

CX : Certains de nos amis insistent vraiment sur ce qu’ils font et ont gardé un studio pendant des années et essayé de faire des courts métrages comme nous. Mais il doivent gagner leurs vies et supporter leur équipe. Donc après quelques années, il ont commencé à faire des films moins travaillés. Après plusieurs années, ils n’avaient plus d’idées et aucune chance de poursuivre leurs objectifs de base. C’est dommage.

Au début, nous ne voulions pas vivre de l’animation. On s’était dit “OK, on aime ça, mais on ne veut pas en vivre.” Je travaille toujours pour une entreprise de jeux vidéo donc nous n’avons pas besoin de nous soucier de l’argent. On peut se concentrer sur notre art et vivre plus longtemps. Si vous avez besoin de prendre de l’ampleur, d’externaliser le travail ici ou là c’est différent. Dans l’animation, il n’est pas possible de gagner de l’argent juste en faisant de l’art.”

(Source : AWN)

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