Les Souvenirs : Critique

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« Romain a 23 ans. Il aimerait être écrivain mais, pour l’instant, il est veilleur de nuit dans un hôtel. Son père a 62 ans. Il part à la retraite et fait semblant de s’en foutre. Son colocataire a 24 ans. Il ne pense qu’à une chose : séduire une fille, n’importe laquelle et par tous les moyens. Sa grand-mère a 85 ans. Elle se retrouve en maison de retraite et se demande ce qu’elle fait avec tous ces vieux.
Un jour son père débarque en catastrophe. Sa grand-mère a disparu. Elle s’est évadée en quelque sorte. Romain part à sa recherche, quelque part dans ses souvenirs… »
(Source : Allociné)

LE FILM

Réalisateur : Jean-Paul Rouve
Scénario : Jean-Paul Rouve et David Foenkinos d’après « Les Souvenirs » de David Foenkinos
Photographie : Christophe Offenstein
Musique : Alexis Rault
Casting : Michel Blanc, Annie Cordy, Mathieu Spinosi, Chantal Lauby

Sortie française : 14 janvier 2015

CRITIQUE 

« Les Souvenirs » est le troisième long-métrage de Jean-Paul Rouve après « Sans arme, ni haine, ni violence » sur le célèbre casse de Nice de 1977 où il incarnait lui-même le personnage d’Albert Spaggiari aux côté d’Alice Taglioni et Gilles Lellouche et plus récemment « Quand je serai petit » en compagnie de Benoît Poelvoorde. Il adapte ici le roman du même nom de David Foenkinos, auteur multi-récompensé ces dernières années, qui avait porté à l’écran son livre « La Délicatesse » comme co-réalisateur avec son frère en 2011. Il ne signe ici que le scénario en collaboration avec le Jean-Paul Rouve.

Voir ce dernier aux manettes de cette adaptation ne surprend guère tant son univers est proche de celui de Foenkinos de part les thèmes abordés, aimant raconter les mêmes histoires, et faisant toujours preuve d’une réelle sensibilité et d’une mélancolie communicative.

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Et la première chose qui frappe dans le film, c’est en effet cette sensibilité qui habituellement passe pour de la mièvrerie ou du sucre glace dans certaines autres comédies dramatiques française du même genre. Ici cela n’en est pas, et dégage une vraie sincérité. Cette authenticité des émotions, on la doit au réalisateur Jean-Paul Rouve et à sa vision des choses qui l’entourent. Il arrive à cueillir ce qu’il y trouve de plus beau et à habiller ses personnages d’une véritable tendresse. Il s’est d’ailleurs entouré de gens comme lui si je puis dire pour les incarner. Des comédiens qui ont fait leurs armes dans le milieu de la légèreté, et de l’humour : Annie Cordy, Michel Blanc, Chantal Lauby, Audrey Lamy et même le jeune William Lebghil de la série « SODA ». Des acteurs qui savent tous insuffler à leur manière l’humour nécessaire à la légèreté du roman.

Les personnages manquent parfois de reliefs, trop faiblement dessinés, quand le scénario passe cent minutes de film à essayer de rendre vivant, vrai, réel les échanges entre eux. L’histoire commence lorsque le père du personnage principal enterre son propre père quelques jours avant son départ à la retraite anticipée qu’il ne supportera pas. Ne voulant bien entendu à aucun moment se l’avouer. Tout lui tombe donc dessus au pire moment puisqu’en même temps sa mère fait une chute, et la famille décide de la place en maison de retraite contre son grès. Il se retrouve donc affaibli à un moment où il aurait dû être fort. Bouleversé par la disparition de sa mère de la maison de retraite, il régresse et devient presque le fils de son propre fils, par delà qu’il a besoin de ses conseils pour avancer. A côté de ça, sa femme qui subit cette situation sans trop pouvoir faire grand chose, se doit de la traverser à distance ironique alors que son couple va mal. Elle est probablement le personnage ayant le plus d’assurance, et qui traverse le film le plus solennellement, mais les yeux pétillants. Ce qui émeut le plus dans le long-métrage, c’est probablement cette relation grand-mère à petit fils que Rouve filme simplement, mais justement. Relation qui se noue juste après l’accident de cette dernière, le petit fils se rendant peut-être compte qu’il est grand temps de passer du temps avec elle. Ne supportant plus que l’on empêche de faire ce dont elle a envie, elle fuit et se rend à Etretat, ville de son enfance, où son petit-fils la retrouvera dans la deuxième moitié du film. Dans ce contexte familial particulier, il y a le fils Romain, autour duquel le reste de la famille s’articule. Rêveur et timide, il veut devenir écrivain, et en attendant, a trouvé un poste de gardien de nuit dans un hôtel. Malgré la justesse de son interprétation, le jeune comédien Mathieu Spinosi manque de charisme et n’a pas réellement les épaules pour porter le film comme seul personnage allant de l’avant.

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Alors que tous les personnages sont penchés vers le passé, il est le seul qui cherche à se projeter dans l’avenir. Même s’il accompagne sa grand-mère dans sa recherche de souvenirs. Souvenirs dont il est justement question dans le titre et dont on aurait aimé qu’ils soient plus présents dans le film, car durant celui-ci il semble être question de vouloir parler de ça, mais jamais on y parvient réellement, le réalisateur préférant s’intéresser aux échanges intergénérationnels. Il n’y a que lors d’une seule scène, que l’on voit par le montage qu’il est question de souvenirs. L’ensemble manque cruellement de puissance évocatrice, et d’intensité.
Le scénario est par ailleurs assez faible. Chaque scène semble être présente uniquement dans le but de se rendre à la suivante, rendant trop visible le livre derrière le film. Même s’il semble avoir pris certaines libertés quant à l’ouvrage d’origine. Par exemple la création du personnage du colocataire de Romain, était nécessaire rendant compte des états d’âme de celui-ci, mais est très mal exploité. Servant à plusieurs reprises à amener du comique aux situations, il se retrouve vite embarrassant, le réalisateur ne sachant plus réellement quoi en faire. Par ailleurs Jean-Paul Rouve décide de faire une plus grande place à la comédie que dans le roman, afin d’apporter la pudeur nécessaire pour parler de son sujet.

Le film fait donc affaire à des personnes qui ne savent plus trop qui elles sont, mais sont sûrs d’une chose, de ne pas être probablement à la bonne place. Mais qui y restent par sécurité, par faiblesse sans doute, mais très probablement par amour. Ces « gens normaux » aux prises avec les moments les plus difficiles de leur vie. Rendant compte des écarts entre les générations qui créent des difficultés de communication. Malgré ces difficultés il reste la tendresse que Jean-Paul Rouve prend un plaisir certain à filmer et à raconter la naissance touchante. Il le fait à sa façon, respectueux et tendre. Mais même si l’on est touché par les intentions du film, celui-ci se révèle trop peu consistant, le tout manquant cruellement de cette intensité qui aurait pu le rendre plus mémorable. Qu’on ait envie de s’en souvenir.

BANDE-ANNONCE

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Lucas Guthmann

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