Les Nouveaux Sauvages : Critique

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« L’inégalité, l’injustice et l’exigence auxquelles nous expose le monde où l’on vit provoquent du stress et des dépressions chez beaucoup de gens. Certains craquent. Les Nouveaux sauvages est un film sur eux.

Vulnérables face à une réalité qui soudain change et devient imprévisible, les héros des Nouveaux sauvages franchissent l’étroite frontière qui sépare la civilisation de la barbarie. Une trahison amour, le retour d’un passé refoulé, la violence enfermée dans un détail quotidien, sont autant de prétextes qui les entraînent dans un vertige où ils perdent les pédales et éprouve l’indéniable plaisir du pétage de plombs. »

(Source : Allociné)

LE FILM 

Réalisation : Damian Szifron
Scénario : Damian Szifron
Photographie : Javier Julia
Musique : Gustavo Santaolalla
Casting : Ricardo Darin, Oscar Martinez, Leonardo Sbaraglia

Sortie française : 14 janvier 2015

CRITIQUE 

Le film était suivi d’une bonne réputation à Cannes, ayant fait « hurler de rire » le Festival. Je m’attendais du coup à quelque chose de pas trop mauvais de la part de ce réalisateur argentin dont je n’avais malheureusement pas pu voir les deux saisons de la série « Los Simuladores » datant d’il y a plus de dix ans, elles aussi considérées comme très bonnes. C’est donc son premier film qui arrive jusqu’à nous. Et j’aurais préféré ne pas le voir tellement celui-ci est mauvais, vulgaire et complaisant.

« Des pétages de plombs tellement jouissifs » annonce l’affiche française du film, au titre faisant échos aux films à sketchs de Dino Risi « Les Nouveaux Monstres » qui étaient quant à eux de meilleures factures. Il s’agit ici aussi donc d’un film à sketchs. Six en tout, en comptant la scène d’ouverture. Sketchs dans lesquels explosent nos frustrations quotidiennes que nous refoulons afin de ne pas froisser ce « vivre-ensemble » qui nous est si cher. L’idée sur le papier est intéressante.
La séquence d’ouverture donne le ton. On se retrouve à bord d’un vol au départ de Buenos Aires où tous les passagers ont un lien entre eux et ne sont donc pas là par hasard. Ils connaissent tous un même individu, qui s’avère avoir pris le contrôle de l’avion, bien décidé à les punir. Les dialogues sur-écrits ne servent qu’à mieux amener la situation invraisemblable qui fera comme à Cannes semblerait-il, mourir de rire la salle. Mais ça ne sera pas mon cas, ni de la personne m’accompagnant. Pendant le générique où l’on voit défiler des grands prédateurs, nous faisant comprendre avec beaucoup de subtilité qu’il va être question de bestialité humaine, je me dis que c’est probablement de ma faute si je n’ai pas ris grassement et que le reste du film me plaira. Ce ne fut malheureusement pas le cas. La gêne se transformant peu à peu en consternation.

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Après le générique commence les cinq sketchs. Caustiques dans leurs idées de départ, ils sont tous pour le moins intéressants, quoi qu’inégaux. On a d’abord affaire à une serveuse qui, reconnaissant le mafieu qui a exproprié de ses terres sa famille, hésite à lui administrer de la mort aux rats sur les bons conseils de la cuisinière un brin vengeresse. Puis on a droit à un règlement de compte entre deux conducteurs. Ensuite nous retrouvons Ricardo Darin, ingénieur urbain spécialisé dans la démolition de bâtiment par explosifs, en proie avec la fourrière de la ville après que celle-ci lui ait selon ses mots, injustement retiré sa voiture. Le sketch suivant est un huis clos dans lequel le fils d’une famille riche rentre chez lui au petit matin après avoir renversé sous l’emprise de l’alcool, une femme et son enfant. La télé afflue vite devant chez eux obligeant le père et l’avocat de la famille à agir vite, soudoyant le jardinier de la maison à se porter responsable afin d’éviter la prison au fils indigne. Pour finir Damian Szifron nous offre un mariage de haute volée, fait de tromperie, baston, rooftop et coït sucré.

On se demande ce que va bien pouvoir faire le réalisateur de cette matière scénaristique. Pas grand chose d’intéressant, il choisit la facilité et s’en tient au côté programmatique de son film, empilant les sketchs les uns sur les autres. Du film à sketch au film il n’y a qu’un pas, que le réalisateur n’arrive jamais à franchir. Ne trouvant pas de réel liens à ses sketchs qui compilés, annulent leurs effets ne faisant jamais avancer le propos global du film. A vrai dire, le film se prêterait plus au format télévisuel, et l’on pense tout de suite à la très réjouissante nouvelle série de cette année « Inside Number 9 » bien plus inspirée.

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Malgré le tumulte de ce qui est porté à l’écran, on s’ennuie assez vite. Le film n’est pas vraiment inventif dans sa mise en scène, souvent mal filmé. Un autre problème vient de l’envie constante de surenchère, qui désamorce toutes les potentielles bonnes idées du film, comme le retournement de situation finale.
Du coup le feu d’artifice prévu n’est qu’un tout petit pétard mouillé.

Par ailleurs, je sais bien qu’il est important d’appuyer le trait pour mettre le doigt sur ce qui fâche, mais le réalisateur nous dessine des personnages caricaturaux, peu intéressants dont il devient vite impossible de se soucier. D’éprouver de l’empathie envers eux, les abandonnant à leur triste sort. Je me sens mal à l’aise face à toute cette vaine et outrancière agitation. Le film qui se veut bouffée d’oxygène, étouffe. Et l’on se demande comment a-t-il pu se retrouver en sélection officiel du dernier Festival de Cannes. Peut-être car sa scène d’intro fait penser au dernier film d’Almodovar, ici producteur.

On aurait préféré un film intelligemment jouissif, et savourer une réelle perte de contrôle plutôt que d’assister à un traité anti-humaniste mettant en scène à travers ses sketchs, la bassesse de nos instincts les plus primaires. Le réalisateur pense être truculent et potache mais n’est en réalité que vulgaire, et l’on préfère penser qu’il semble l’ignorer tant l’inverse ferait l’aveu d’une infâme complaisance. La satire présentée comme une catharsis collective n’est que paresseuse et irritante. S’il ne s’agit que de ça, un pseudo défouloir, sans aucune réflexion et vain, « À quoi bon ? » peut on se demander. Repoussant.

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Lucas Guthmann

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