108 Rois-Démons : Critique

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SYNOPSIS

« Empire de Chine. XIIème siècle.
Les Rois-Démons terrorisent tout le pays. Pour vaincre ces monstres, il faudrait avoir le courage de cent tigres, la force de mille buffles, la ruse d’autant de serpents… et une chance de pendu. Le jeune prince Duan n’a que ses illusions romanesques et de l’embonpoint. Zhang-le-Parfait n’a que son bâton de moine et tout un tas de proverbes incompréhensibles.
La petite mendiante Pei Pei n’a que son bagoût et son grand appétit.
Mais surtout, le prince Duan, le vieux moine et la petite mendiante ne savaient pas qu’il était impossible de vaincre les Rois-Démons. Alors ils l’ont fait ! »

(Source : Allociné)

LE FILM

Réalisateur : Pascal Morelli
Scénario : Pascal Morelli et Jean Pêcheux
Directeur de l’animation : Olivier Joubert
Directeur artistique : Yvan Galtié
Musique : Rolfe Kent

Sortie française : 21 janvier 2015

CRITIQUE

Les producteurs de « Barbecue », « Bienvenue à Bord » et « Incognito » s’attaquent au film d’animation. Aux commandes, Pascal Morelli, réalisateur des séries d’animation « Ghostbuster » et « Hello Kitty ». Passionné par Hugo Pratt, il est aussi le réalisateur de l’adaptation décevante « Corto Maltese : La Cour secrète des arcanes » et d’autres albums. Pour son retour dans l’animation, il s’attaque à un monument de la culture chinoise, à savoir le célèbre roman « Au bord de l’eau » qui conte les aventures de 108 brigands. Cette histoire a d’abord été transmise oralement avant d’être fixée par écrit au XIVème siècle. Le livre a fait l’objet de nombreuses adaptations : séries, jeux vidéos, théâtre… Le film « 108 Rois-Démons » ne raconte pas vraiment l’histoire originale, mais est plutôt l’histoire qui aurait pu se passer avant. Mais le réalisateur n’arrive jamais à rendre celle-ci vraiment intéressante. De plus le film frôle la catastrophe visuelle.

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L’ambition de la production de faire un tel film, européen et chinois, est à saluer. Une partie du tournage ayant été faite à Pékin, le reste de la fabrication se partageant entre la France, le Luxembourg et la Belgique. C’est avec joie que l’on aimerait se plonger dans cette histoire et partir à l’aventure avec cette belle bande de hors-la-loi aux noms tous plus farfelus les uns que les autres : Vipère-Jaune, Tête-De-Léopard, Tourbillon-Noir, Barbe-Pourpre, Face-Blanche, Tonnerre-Fracassant, Scorpion-de-Fer, Archer-Prodigieux, Mort-Prématurée et Trépas Instantané, pour les plus truculents d’entre eux. Tous lourdement armés.

Le film parle de la réhabilitation d’une vérité après un terrible mensonge. Le mensonge du traître Gao qui, après avoir assassiné l’empereur de Chine accuse de son méfait les légendaires 108 Rois-Démons. Le sage Zhang choisi une troupe d’énergumène, de véritables bandits pour interpréter ces terribles et imaginaires Rois-Démons. Le jeune prince successeur Duan, accompagnant le sage Zhang se joint à eux. Les mensonges s’accumulent contés par la jeune Pei-Pei qui y met tout son cœur. Et la légende prend vie.

Sauf que cette histoire qui aurait sans nul doute pu être intéressante, est terriblement mal racontée, parasitée par des intrigues secondaires sans intérêts. Elle manque de cohérence, et l’on sent que celle-ci a été découpée dans son univers originel probablement très dense et complexe. Mais cette complexité ne nous est pas rendue et l’on s’ennuie assez vite. L’ennui est aussi produit par la faiblesse de la mise en scène. Tout y est lourd, inanimé, lent, donc sans vie. La faute aux choix techniques d’animation, pari perdant. Le film est un mélange de prises de vues réelles, d’animation 2D et 3D. Sauf que la mixture ne prend pas et l’objet hybride brûle très vite les yeux.

Entendez bien, le film est une combinaison de différents procédés. Des comédiens costumés pour incarner les personnages jouant sur fond vert, portant sur leur tête des casques pour le tracking et retrouver leur mouvement sur ordinateur. Donc des comédiens qui jouent sur fond vert, et dont le visage est créé et animé en 3D sur ordinateur, entouré d’éléments en 2D, incrustés sur des planches de décor. Le dernier point, les planches de décors, belles estampes, sont ce qu’il y a de plus beau à regarder. Car l’incrustation ne fonctionne pas, l’ensemble est saccadé. Saccadé dans l’incrustation mais terriblement statique. Le tout s’apparentant à du théâtre filmé. Chaque séquence se terminant sur un fondu au noir afin de passer à la suivante. Et puis comment expliquer que parmi toute cette animation apparaissent en arrière plan des comédiens, figurant, avec leur vrai visage à côté des personnages principaux aux visages animés en 3D ?

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Il n’y a pas que ça qui vienne gâcher le mariage. L’humour tombe constamment à plat car trop contemporain pour coller à l’univers. Tous ces défauts nous tiennent complètement à distance et il nous est impossible de rentrer dans le récit. Par ailleurs, les dialogues sont plats et doublés sans conviction, comme si les doubleurs s’étaient ennuyés à mourir. Pour forcer le trait, je dirais qu’on a l’impression que tous les personnages sont doublés par un seul et même acteur tellement les voix manquent de relief. Heureusement que la musique de Rolfe Kent (thème de Dexter, « Up in the air », « Sérial Noceurs », « Thank you for smoking ») qui compose une musique qui colle à ce qu’aurait pu, dû, être le film, vient gonfler la bande sonore. On attend patiemment la fin du film qui tarde à arriver. Et lorsqu’elle arrive, le combat final tant attendu n’est pas de haute volé.

SCRATCH

En somme le film ne fonctionne pas à cause de sa trop grande ambition artistique qui rend un assemblage confus plutôt qu’un mélange homogène voulant nourrir la richesse de son univers. Vraiment dommage car l’on ressent à maintes reprises la présence de cette univers riche qui ne demande qu’à nous emporter, mais jamais le film ne parvient à nous y emporter, et j’espère que malgré ça les gens auront envie de se plonger dans ce monument de la littérature chinoise.

BANDE-ANNONCE

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Lucas Guthmann

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