Une Belle Fin : Critique

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SYNOPSIS

« Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin. »

(Source : Version Original / Condor)

LE FILM 

Réalisateur : Uberto Pasolini
Scénario : Uberto Pasolini
Photographie : Stefano Falivene
Musique : Rachel Portman
Casting : Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury

Sortie française : 8 avril 2015

CRITIQUE 

Uberto Pasolini réalise avec « Still Life », qui est traduit par « Une Belle Fin » en français, son deuxième film. Il est aussi scénariste et producteur du film. Nous le connaissons surtout en France comme producteur du film « The Full Monty », sorti en 1997, et qui rapporta plus de 250 millions de dollars de recette à travers le monde. Ce qui en fait un des plus grands succès du cinéma anglais, encore à ce jour.

Il raconte ici la vie de John May, qui est en charge de retrouver les proches de personnes décédées sans famille connue. Et lorsqu’il n’en trouve pas, il se charge lui-même d’organiser les funérailles.
On le suit dans son quotidien terne et sobre. Il vit seul, le scénario ne faisant jamais mention d’amis ou de parents proches. Car oui, John est en apparence triste. Il est minutieux, pose toujours sa veste au même endroit, maniaque, à constamment aligner et donner une logique géométrique à l’emplacement des objets, comme à ses couverts face à son assiette lors de ses maigres repas, fait d’une boîte de thon retournée, qu’il mange comme un steak, et d’une pomme.

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C’est en réalité un homme intrinsèquement généreux, très épanoui dans son travail. De ce fait, il ne lui vient jamais à l’esprit qu’il puisse manquer quelque chose à sa vie. Car sa profession lui permet d’être en relation avec le monde extérieur. Au téléphone lors qu’il appelle les familles pour leurs annoncer le décès de leur parent, mais avant ça, il se retrouve en relation avec les personnes qui lui ont annoncé la mort de la personne. Cet intermédiaire qui est souvent le voisin, ou le gardien, fait rentrer John dans l’environnement intime du défunt, lui permettant de s’imprégner d’une ambiance, et de récolter des objets personnels. Il se retrouve par la suite à son bureau, tête reposée, à faire parler ces objets dans le but de dresser le portrait du mort et d’en écrire une lettre en son hommage qui sera lu par le prêtre à l’enterrement. Il choisit même la musique passée aux funérailles.

Mais la vie va se charger de mettre une double claque au visage de John. La première lorsque son supérieur lui annonce que sa fonction qu’il occupe seul, coûte trop cher, le limogeant. Et la seconde lorsqu’il l’autorise à finir le dossier en cours, qui concerne la mort de son voisin, Billy Stoke. Voisin qui est le miroir direct de John, d’un point de vue symétrique car il s’agit de son voisin d’en face mais aussi d’un point de vue humain. Son appartement dépeint un individu bordélique et peu consciencieux. Dès lors John va réagir, réalisant que lui aussi pourra un jour être à la place de ces gens dont il s’occupe. Et c’est les questions que pose Uberto Pasolini avec son film. Connaissons-nous nos voisins, les gens qui habitent près de nous ? Mais aussi comment est-il aujourd’hui possible de mourir seul, oublié de tous ? Alors qu’il y a encore 50 ans l’entraide familiale était un des piliers de nos sociétés.

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Riche de part les vies tristement oubliées auxquelles John a consacré son temps, la perte de son emploi le déstructure, et le pousse à se confronter à « la vie réelle », à s’ouvrir au monde. Eddie Marsan qui a tourné auprès de Scorsese, Inarritu, Malick, Mike Leigh, Spielberg, Woody Allen, souvent dans des rôles de méchants atypiques, livre ici une très émouvante prestation. Il interprète un individu très insolite, offrant un jeu intériorisé et subtil, rendant plausible l’évolution subtile de son personnage. La mort de son voisin l’emmène donc dans un voyage psychologique et aussi géographique. Découvrant la vie du défunt, aussi chaotique que celle de John est ordonnée. Il va se rendre compte que son voisin avait une vie plus riche qu’il n’aurait pu le penser, et va rencontrer les gens qui l’ont côtoyé. De l’ancien collègue de travail, au camarade de l’armée, aux SDF avec lesquels il a partagé le mode de vie pendant un temps, mais aussi et surtout sa fille, Kelly. Une fille elle aussi solitaire. De cette rencontre va naître les prémices d’une belle amitié. Et c’est de cette ouverture, ce goût pour les choses nouvelles, et la joie que cela lui procure, que naît notre empathie pour John. Sauf lorsqu’il est en présence de Kelly, jamais le réalisateur ne nous éloigne de John.

Même si de part le métier de John il est souvent question de mort, c’est avant tout un film sur la vie dont il est question. Et cela se retranscrit dans sa mise en scène sobre, modeste avec une caméra sur pied. Uberto Pasolini dit s’être inspiré du cinéma d’Ozu, toutes proportions gardées. Les teintes de couleurs du film évoluent au fur et à mesure que John s’ouvre à la vie, passant de teintes sombres à un colorie plus clair. Et différents registres cinématographiques se mêlent, le drame, la comédie douce, mais aussi la romance, la chronique sociale et même une poésie proche du fantastique sur la toute fin.

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Un film qui peut énerver ou plaire aux spectateurs, tant ses qualités sont aussi ses défauts. Cet individu maniéré peut être attachant d’un côté et de l’autre exaspérant tant il est formaté dans ce qu’aiment à montrer les réalisateurs indépendants. Des individus, seuls, tristes, à la recherche de quelque chose qu’ils ne savent pas identifier, maniaques, ou à l’opposé, bordéliques. Coincés dans une routine, etc.

Quoi qu’il advienne c’est avant tout un film aux questionnements intéressants. Qui parle du don de soi, et de la générosité, pas comme une faiblesse, mais comme une vrai qualité. Des valeurs qui sont introduites par la religion, car tous les morts dont il s’occupe passe par des funérailles à l’église, mais surtout des valeurs qui sont avant tout humaines visant nos rapports avec autrui. Même si Uberto Pasolini commence son film de façon fataliste, celui-ci fait preuve d’un réel optimisme dans l’aboutissement de son propos capturant de façon très belle cette mort qui nous effraie tant, et cette trace qu’on laisse après elle.

BANDE-ANNONCE

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Lucas Guthmann

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