Félix et Meira : critique

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SYNOPSIS 

« Tout oppose Félix et Meira. Lui mène une vie sans responsabilité ni attache. Son seul souci, dilapider l’héritage familial. Elle est une jeune femme juive hassidique, mariée et mère d’un enfant, s’ennuyant dans sa communauté. Rien ne les destinait à se rencontrer, encore moins à tomber amoureux. »

(Source : Allociné)

LE FILM

Réalisateur : Maxime Giroux
Scénario : Maxime Giroux et Alexandre Laferrière
Photographie : Sarah Mishara
Musique : Olivier Alary
Casting : Martin Dubreuil, Hadas Yaron, Luzer Twersky

Sortie française : 4 février 2015

CRITIQUE

Le film s’est fait une réputation grâce à ses passages remarqués dans plusieurs festivals renommés tels que Chicago, Varsovie, Namur, Sarlat, San Sebastien, Hambourg, Sao Paulo et encore Toronto, où le film s’est permis de remporter le « Canada Goose Award for Best Canadian Feature Film » face au favori, le « Mommy » de Xavier Dolan. C’est donc curieux que je découvrais le film. D’autant plus qu’il s’agissait pour moi d’une découverte, n’ayant jamais entendu parler des deux premiers long-métrages du réalisateur : « Demain » et « Jo pour Jonathan » respectivement datés à 2008 et 2010 qui n’avaient pas eu le droit à des sorties françaises.

Maxime Giroux a emménagé à tout juste trente ans dans le quartier de Mile-End à Montréal où se déroule le film. C’est un lieu multi-ethnique où l’on retrouve la plus grande communauté de juifs ultra orthodoxes au monde après Jérusalem, New-York et Londres. Il confie avoir été très vite intrigué par les allers et venues, les coutumes de cette communauté dont il est quasiment impossible d’en questionner les membres. Même s’il admet avoir reçu à plusieurs reprises des accueils chaleureux lors de sa recherche de documentation afin d’accumuler de la matière pour en faire un film, l’ultra radicalisation récente du milieu à du rendre la chose difficile. Cette radicalisation dont le roman de Deborah Feldman avait fait office de témoignage lors de sa sortie. L’histoire suit cette femme racontant sa vie au sein de la communauté juive hassidique de Williamsburg, jusqu’au jour où ne supportant plus cette vie, elle réussit à s’en libérer.
Mais « Félix et Meira » n’est pas l’adaptation de cette histoire.

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« Félix et Meira » c’est l’histoire de la rencontre de deux personnes que tout oppose. Deux êtres extrêmement fragiles. Félix est athée et vit seul, passant son temps à dépenser l’argent de l’héritage laissé par son père. Et Meira, jeune juive hassidique, maman d’une petite fille. Ils tombent mutuellement sous le charme de l’autre.

Le début est un montage parallèle entre la vie de Félix et celle de Meira. Sans réelle surprise les moments passés avec Félix sont les moins intéressants, surtout que le personnage n’est pas franchement attachant humainement, une  sorte de clown triste raté. Par contre, j’ai éprouvé un réel intérêt à me retrouver dans l’intimité de cette jeune femme, dont le quotidien se résume à s’occuper de sa fille et se soumettre aux tâches réservées aux femmes au sein de sa communauté. Meira ne voit pas ses activités du même œil que ces femmes qui quant à elles, les considèrent comme un devoir à appliquer au quotidien. Ayant pour but dans la vie d’offrir le plus d’enfants possible à leur mari. Il est émouvant de voir Meira se préparer, ajuster sa perruque, etc. La jeune femme s’autorise de temps à autre à braver les règles afin de goûter aux plaisirs interdits : dessiner, écouter de la musique, se confronter à la société québécoise qui côtoie la leur sans jamais communiquer. Mais dès lors qu’elle rencontre Félix, elle découvre enfin la légèreté d’une enfance qu’elle n’a jamais connue, prenant le risque d’être reniée par sa communauté. Lui, cherche l’amour pour de mauvaises raisons et ne comprendra que trop tard la portée de ses actes. Elle ne cherche pas à tromper son mari, mais Félix peut lui offrir un temps ce que sa vie, limitée par la religion ne peut lui offrir.

L’histoire de deux êtres que tout oppose et qui n’auraient jamais dû se rencontrer nous a déjà été racontée à plusieurs reprises au cinéma. L’originalité apportée par ce film est l’aspect naturaliste, s’intéressant à une communauté en particulier. Giroux de part ses recherches amène un côté presque documentaire à décrire le quotidien de Meira. Il a eu par ailleurs l’intelligence de ne pas juger ses personnages, et d’éprouver du respect à leur égard. Le film n’est pas manichéen, et personne n’est pointé du doigt, désigné coupable. Ni la religion, ni l’athéisme. Encore moins son mari qui l’aime, et ne l’oblige en rien.

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Le film vaut surtout pour sa talentueuse actrice, Hadas Yaron qui interprète Meira avec beaucoup de justesse, et avait reçu en 2012 un prix à Venise pour son rôle dans « Fill the void ». La beauté survient lorsque leur attirance amène à soulever les barrières que la religion avait mises entre eux, comme lorsque Meira regarde pour la première fois Félix dans les yeux, alors qu’il lui est formellement interdit de croiser le regard d’un homme autre que son mari. Son sentiment de bonheur naïf au fur et à mesure qu’elle franchit ces barrières est pleinement partagé par le spectateur. Il n’y a qu’à voir la joie sur son visage alors qu’elle vient d’essayer un blue jean pour la première fois de sa vie. Et même dans le noir, son visage s’illumine en plein Time Square.

Cette joie grandissante n’est possible que par une narration linéaire de l’histoire, qui rend le film trop lent, voire même long sur la fin. De plus, on a l’impression que le film, comme ses personnages, ne sait pas trop où il va, et ce qu’il veut raconter dans sa finalité, ou plutôt la manière de raconter son histoire. Même si on comprend bien le message disant que quoi que l’on essaie de faire, il nous est quasiment impossible d’échapper à notre condition première. On est surpris par l’incursion dans une forme de comique pathétique de la part du réalisateur lors d’une scène qui survient après la découverte du mari de Meira de sa relation avec Félix. Ce dernier se grime en juif orthodoxe à l’aide d’une perruque et d’une fausse barbe afin de pouvoir approcher au plus près Meira. A quoi peut bien servir cette scène qui met mal à l’aise le spectateur, car très peu plausible ? Le personnage de Shulem, son mari est d’ailleurs très intéressant, prenant au final une dimension inattendue.

En somme, il faut donc en retenir un film intéressant, mais qui ne surprend jamais. Et me laisse un sentiment d’inachevé qui se mêle à ma déception. Le potentiel émotionnel du film est malheureusement sous-exploité. Reste le geste du réalisateur de faire un film sur un sujet qui, on le voit, l’a complètement passionné et dont la modestie nous touche.

L’amour est mort mais la vie est belle.

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Lucas Guthmann

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