Au coeur de l’univers de LAIKA et des Boxtrolls

Présentation du studio

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LAIKA est un studio d’animation qui produit des longs et courts métrages à partir de zéro.
Il s’agit d’une communauté d’artistes et de techniciens qui créent du contenu d’animation original. Ils font de l’artisanat et transforment des matériaux de tous les jours en créatures vivantes.

La particularité de LAIKA est le stop-motion. Bien qu’il aient aussi recours à l’image de synthèse.

En 2005, le court métrage MoonGirl est leur tout premier film en images de synthèses.
Ce studio est avant tout connu pour ses longs métrages stop-motion : Coraline en 2009, et ParaNorman en 2012.
Son prochain long métrage : Les Boxtrolls, sera présenté dans les salles US en Septembre 2014 et en Octobre chez nous.

Le Stop Motion

Le stop-motion (appelé aussi animation en volume ou animation image par image) est une technique d’animation permettant de créer un mouvement à partir d’objets immobiles. Elle consiste à prendre une photo d’une scène fixe.

Le concept est proche de celui du dessin-animé. Une scène (en général constituée d’objets) est “filmée” à l’aide d’une caméra capable de ne prendre qu’une seule image à la fois. Entre chaque image, les objets présent dans la scène sont légèrement déplacés afin que lorsque le film est projeté, la scène semble animée. On parle aussi d’animation de remplacement. Si vous n’êtes pas familier avec cette notion, il s’agit d’une technique utilisée en stop-motion dans laquelle des parties du personnage, le plus souvent des visages ou des membres, sont remplacées par des pièces similaires (mais très légèrement différentes) pour parfaire l’illusion de mouvement.
Cette technique supprime le flou de mouvement (motion blur en anglais), le flou directionnel qui apparaît dans les films.

De nos jours, cette technique a tendance à être remplacée par l’animation 3D, parce qu’elle est longue et très contraignante. Cependant, certains réalisateurs reprochent à la 3D sa froideur d’expression, tandis que d’autres décident de mélanger les deux techniques pour certains effets trop complexe (l’eau, la quantité de personnage).

L’impression 3D

Avant de vous parler du film les Boxtrolls et ce qui entoure sa réalisation, j’ai décidé de vous parler un peu de l’impression 3D. Pourquoi ? Parce que sans l’impression 3D, Laika et les Boxtrolls n’auraient probablement pas abouti au même résultat que ce que l’on découvrira.

Selon Cartoon Brew qui a eu l’occasion d’échanger avec Brian McLean, le directeur de la création de prototype du studio, Laika est la première entreprise à associer l’ancienne technique d’animation de remplacement et l’impression 3D, technologie 21e siècle.
Ce qu’il est utile de savoir, c’est que pour faire de l’animation en stop-motion, chaque élément présent dans une scène a besoin d’être créé : les paysages, les villes, les personnages, les objets … Imaginez un peu le temps de création que cela requiert surtout s’il faut faire toutes les expressions de visage possible et toutes les positions imaginables! Cela prendrait sûrement des années pour réaliser un film.
C’est pour cela que le rôle de l’impression 3D a de l’importance.

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Pour vous donner une idée, pour Coraline 20 000 visages ont été créés. Pour ParaNorman, 33 000, et pour Les Boxtrolls, plus de 52 000 ! En 5 ans, la quantité aura plus que doublé pour offrir un visuel encore meilleur.
Les visages sont généralement divisés en deux grandes parties : les sourcils et la bouche. On retrouve donc des sourcils haussés, des bouches souriantes, des bouches boudeuses … Et si des sourcils haussés sont associés à un sourire plutôt qu’une bouche boudeuse, le résultat sera bien évidement différent. Ainsi plus il y a de parties de remplacement créées, plus il y a une diversité d’expression qui est non négligeable.
Alors que le personnage de Coraline possédait environ 200 000 expressions, Norman de ParaNorman en avait en moyenne 1,4 million. Egg des Boxtrolls en possède environ autant, mais elles sont encore plus travaillées au niveau des tensions, de la musculature et du volume. Quasiment chaque partie de son visage est animée, alors que sur Norman, l’animation se concentrait avant tout sur la bouche et les joues.

L’évolution de l’impression 3D est conséquente avec le travail sur les films de Laika. Désormais, il est possible d’établir des couleurs plus vives et plus précises sur les modèles. Rien qu’avec ParaNorman, il y avait une avancée notable permettant de donner un effet rosé aux joues du personnage, ce qui n’était pas possible pour Coraline. Aujourd’hui, ils parviennent à produire des effets plus sophistiqués que même les fabricants des imprimantes n’imaginaient pas possibles.
Mais bien que l’impression 3D accélère le travail et donne plus d’opportunités, cela demande tout de même un certain temps. Sachez qu’une imprimante couleur à une capacité d’impression de 100 à 150 bouches par jour pour un personnage avec visage plutôt petit. Avec des visages plus grand, la quantité imprimée diminue considérablement : pour un personnage des Boxtrolls, il n’était possible d’en imprimer que 12 par jour.

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De plus l’imprimante 3D ne fait pas tout. Effectivement pour le prototypage rapide, il faut créer un premier modèle entièrement à la main pour le scanner en 3D. Puis ajuster et donner de la précision sur la version digitale scannée. Ce processus de modélisation est particulièrement important car les imprimantes 3D ont tendance à adoucir les bords et les détails. Les modèles numériques doivent donc être délibérément exagérés pour compenser les imperfections de l’impression 3D.
Après la modélisation, le processus reprend un peu le travail traditionnel de l’image de synthèse. On passe à la mise en place, à l’équipement, à la peinture de texture, et enfin à l’animation. Pour réaliser ces différentes étapes, une cinquantaine de personnes travaillent dans le département de prototypage rapide de Laika : la moitié d’entre eux travaillent sur les images de synthèse envoyées aux imprimantes 3D, tandis que l’autre moitié est responsable du traitement des différentes parties à mesure qu’elles sortent des imprimantes. Cette seconde partie de l’équipe de création permet de rattraper et perfectionner ce que l’imprimante n’a pas pu faire. Il ne faut pas oublier que l’imprimante 3D est une technologie encore jeune qui n’a pas était originalement conçue pour l’animation de remplacement ou encore pour une production de masse avec un tel niveau de précision. C’est un outil qui s’est déjà beaucoup développé avec Laika et qui se développera sûrement encore beaucoup.

A la découverte du Plateau de tournage des Boxtrolls

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Les Boxtrolls est donc comme vous l’aurez deviné, un long métrage en stop motion avec quelques éléments d’image de synthèse. Le scénario, se déroulant dans une époque victorienne, est inspiré du best-seller Here Be Monsters d’Alan Snow.
Le film est réalisé par Anthony Stacchi (co-réalisateur de Open Season) et Graham Annable (scénariste de Coraline and ParaNorman), produit par David Ichioka et Travis Knight. L’équipe ayant travaillé sur ce troisième film du studio se constitue de plus de 300 artistes.

Les Boxtrolls est une fable comique qui se déroule dans Cheesebridge, une ville de l’époque victorienne chic obsédée par la richesse, la classe et la puanteur de fromages savoureux. Sous le charme de ses rues pavées habitent les Boxtrolls, des monstres immondes qui rampent hors des égouts la nuit et volent ce que les habitants ont de plus cher : leurs enfants et leurs fromages. Tout du moins, c’est la légende que les résidents ont toujours cru. En vérité, les Boxtrolls constituent une communauté de petits êtres habillés de boîtes en cartons vivant sous terre. Ils sont plutôt bizarres, mais attachant.
Les Boxtrolls ont élevé un garçon orphelin humain, Eggs depuis l’enfance comme l’un des leurs. C’est lorsque l’exterminateur de parasites, Archibald Snatcher, les prend pour cible que les petites créatures bricoleuses décident de compter sur leur fils adoptif ainsi que Winnie, une fille du village pour faire le lien entre les deux univers.

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Il faut d’abord souligner que Les Boxtrolls est sûrement le plus gros film de Laika ! C’est aussi un accomplissement pour le studio.
Laika a acquis les droits du livre à ses débuts, il y a presque 10 ans de cela.
Cette histoire incroyable écrite par Alan Snow est extrêmement riche et unique, mais l’exploitation de l’histoire par le studio aura pris du temps tellement le livre est gros et possède des tonnes de personnages. Trouver les éléments essentiels pour en constituer le scénario d’un film d’1h30 aura demandé beaucoup d’effort. Comme l’a dit Travis lors de son interview avec Collider, il y a largement assez de matière dans ce livre pour en faire plusieurs films. C’est en trouvant le coeur de l’histoire que Laika souhaitait raconter que le scénario du film s’est fait. La première approche trop fidèle au livre ne menait pas au résultat souhaité. Finalement, le film ne ressemble apparemment pas vraiment au livre, bien que des éléments essentiels se retrouvent.

La difficulté qui vint après le scénario fut de créer l’univers. Le stop-motion impose une difficulté car tout doit être créé et cela avec beaucoup de subtilité. Le travail en amont d’un tel film est donc énormissime. Contrairement à un film fait par ordinateur, le stop-motion ne donne pas la possibilité de revoir et modifier des éléments visuels ou même scénaristique.
Comme vous pouvez l’imaginer, le processus de conception et de fabrication des marionnettes n’est pas moins sophistiqué que tout autre domaine de la production du film. Par exemple, comme le personnage principal, il y avait 28 marionnettes Eggs utilisées dans le film, alors qu’il y en avait 15-20 pour chacun des Boxtrolls principal. En tout, il y avait 190 marionnettes, plus que pour tout autre film de Laika.

Pour la superviseur créative de la fabrication de marionnettes, Georgina Hayns, chaque décision, de la couleur du visage à la couture sur un chapeau, requiert une attention rigoureuse aux détails. Selon Hayns, son équipe va extrêmement dans le détail pour leurs créations car avec le stop-motion, le public voit tout.
De la conception à la première marionnette fini (en comptant la sculpture, la couture du costume et la peinture), la fabrication prend quatre à cinq mois.

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Mais Les Boxtrolls et son univers était l’occasion idéale d’innover visuellement pour ne pas tomber dans un style qui caractérise le studio. Laika souhaite faire de chacun de ses films quelque chose d’unique en son genre.
Avec ce dernier film, Laika peut exploiter un monde complètement nouveau. Il ne s’agit pas d’une histoire américaine contemporaine, le cadre rejoint plutôt un monde qui fait penser au genre de Dickens.
De plus, grâce au développement technologique, il y a eu la possibilité d’obtenir un visuel vraiment différent. En plus de l’impression couleur 3D déjà établie pour ParaNorman grâce à laquelle a été obtenu plus de textures donnant une illusion de vie et une plus grande vraisemblance sur ce projet, le studio voulait essayer de faire quelque chose qui pourrait améliorer la couleur et le dessin sur les visages.
Vous pouvez le voir avec les personnages, rien que la couleur des visages, ce n’est pas naturel du tout, le style se rapprocherait presque de l’impressionnisme. Il y a tout un ensemble de couleurs étranges mélangées les unes aux autres, qui quand elles sont toutes ensembles se coordonnent et donnent l’univers original des Boxtrolls.

Pour avoir le meilleur résultat, Laika ne s’organise pas comme n’importe quel studio d’animation.
Avec ses derniers films, le studio a constaté qu’avec la pression de la production, les équipes finissent par se lancer directement dans le tas pour travailler directement étape après étape. Pour cela, chaque animateur a une scène entière du film d’attribuée afin qu’il puisse mieux se l’approprier et s’y plonger. De cette façon, l’animateur en charge a plus de liberté dans ses choix, il peut mieux décider de ce qui rendra la scène meilleure. Cette méthode permet de donner de la personnalités à ces scènes et le résultat est bien meilleur que si l’animateur était lancé dans la scène en plein milieu sans en connaître la structure globale.

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Bien que chaque animateur a sa propre façon de faire, ils travaillent tous à partir d’un storyboard qui leur permet de garder le fil conducteur.
Dans un domaine comme le stop-motion, leur travail est très complexe, ils ne peuvent pas se permettre de faire d’erreur car refaire une prise de vue dès le départ est très difficile et prend énormément de temps.
C’est pour cela qu’avant de faire la prise finale de la scène, les animateurs font une répétition de la séquence pour que tout soit parfait.
Chaque animateur doit produire 4 secondes ou 96 prise de vues d’animation par semaine.

Comme vous pouvez le voir, l’univers de Laika, les Boxtrolls et du stop-motion est vraiment très riche et malgré sa complexité, il a l’air extrêmement passionnant.
Dans l’attente du film qui commence à se faire longue tellement j’ai hâte de voir le résultat de ce travail fabuleux, j’espère que vous aurez pris plaisir et appris des choses en lisant ce dossier.

(sources : AWN, Cartoon Brew, Collider, Instagram)

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