Interview : Hossein Amini – Réalisateur de The Two Faces of January

SA FILMOGRAPHIE :

Scénariste :
1992 : L’affaire Devereux: la mort d’un juste (The Dying of the Light) (TV) de Peter Kosminsky
1996 : Deep Secrets (TV) de Diarmuid Lawrence
1996 : Jude de Michael Winterbottom
1996 : Les Ailes de la colombe (The Wings of the Dove) de Iain Softley
2002 : Frères du désert (The Four Feathers) de Shekhar Kapur
2009 : Killshot de John Madden
2010 : Shangai de Mikael Håfström
2011 : Drive de Nicolas Winding Refn
2012 : Blanche-Neige et le Chasseur de Rupert Sanders
2013 : 47 Ronin de Carl Rinsch
2014 : The Two Faces of January de Hossein Amini
Réalisateur :
2014 : The Two Faces of January

L’INTERVIEW

Pourquoi avez vous choisi de passer de l’écriture à la réalisation d’un film ?

Je lisais beaucoup ce livre (The Two Faces of January) lorsque j’étais étudiant et j’ai toujours su que j’allais l’adapter et le réaliser. J’étais déjà un grand fan de cinéma pendant mes années d’étudiant. Mais la réalité est bien différente. J’ai toujours écrit des films. Mais ce livre est toujours resté ancré en moi, j’ai l’impression de comprendre ces personnages avec leurs qualités et leurs défauts. Si il y avait bien un film que je devais réaliser, c’était celui-là. Je comprenais les personnages, ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres scripts que j’ai pu écrire.

Je savais que si je réalisais ce film, quand les acteurs auraient des questions, je saurais quoi leur répondre immédiatement, grâce à mon attachement au livre.

Comment avez-vous choisi vos acteurs ?

Pour Viggo, ce fut assez simple car nous partageons le même agent. Une fois le script fini, mon agent l’a envoyé à ses acteurs. Et il s’avère que Viggo lit beaucoup et s’est retrouvé devant mon script.
On s’est ensuite rencontrés pour parler du film. Je lui ai dit que n’avais jamais réalisé, mais ça ne l’a jamais gêné. Il s’est un peu transformé comme mon partenaire pour ce film.

C’était assez compliqué de caster Oscar Isaac, mais au bout du compte, nous avons réussi. Je le voulais dès le départ. Quant à Kirsten Dunst, je crois qu’elle a lu le script et qu’elle fut très intéressée pour faire le film.

Déjà dans The Wings of The Dove, le film s’articulait autour de trois personnages : deux femmes et un homme. Ici, votre film tourne autour de deux hommes et une femme. La trinité et les triangles amoureux sont quelque chose qui vous intéresse ?

Le sujet de la jalousie et le fait de blesser quelqu’un que l’on aime m’intéresse énormément. Dans le film, il y a certains passages où Chester montre vraiment son amour à sa femme. Et d’un seul coup, il peut devenir haineux envers elle. Et je déteste l’avouer, mais je me reconnais dans ce comportement. Mais les gens qui acceptent ce genre de comportements sont les gens proches de vous, les gens qui vous aiment : c’est notre faiblesse.

Pour moi, écrire ce film, c’est réussir à capturer ce petit degré de nuance dans les comportements et les exposer.

Est-ce que vous vous êtes rendu compte que vous écriviez une tragédie grecque ?

Évidemment. Plus jeune, je dois avouer que j’adorais la mythologie grecque. L’idée que j’adore dans la mythologie est que les Hommes affrontent les Dieux, que les Dieux se jouent d’eux. Et lorsque l’Homme meurt, il est encore plus puissant.
Un mythe qui reprend un peu l’histoire du film est celle de Thésée (qui serait Rydel), Chester est le Minotaure et enfin Ariane. Mais ici, avec le minotaure, je m’intéresse beaucoup plus à l’homme à l’intérieur de la bête.
Il y a cette dualité dans le personnage de Chester. C’est un homme qui devient un monstre, mais c’est aussi un être humain qui vit à l’intérieur d’un monstre.

La mort est donc la seule solution pour lui ?

Oui, mais c’est aussi la seule solution pour Rydel. On revient à la mythologie grecque. Le fils a besoin de tué son père pour devenir un homme. Le nouveau remplace l’ancien.
Et c’est la signification du titre pour moi. January est le nom du Dieu à deux têtes. Deux têtes qui sont sur le même pivot, mais pas le même axe. Dans le sens où elles se touchent, se ressemblent, mais se ne voient pas. Un comme comme Rydel et Chester.

Comment s’est passé le tournage en Grèce ?

Nous avons filmé le film pendant les manifestations. Par exemple, la scène au café, nous pouvions entendre les gens manifester à quelques rues. L’hôtel où nous séjournions était en grève.
Mais en Turquie, nous n’avons pas eu ce problème là. Par contre, avec la rivalité entre les turques et les grècques, l’équipe de tournage voulait être plus professionnel. Mais les deux équipes de tournages étaient fantastiques.

Le seul problème que nous avons eu est au niveau des autorisations pour filmer dans certains lieux. Tout se faisait au dernier moment, nous ne savions jamais si nous allions pouvoir tourner ou non, ce qui rendait la chose un peu stressante.

Comment avez-vous pensé la photographie du film ?

J’ai regardé beaucoup de photographies de touristes des années 60. Je voulais que les choses changent au fur et à mesure du film. Je voulais que l’esthétique du film changent en fonction des personnages.
Quand on commence à Athènes, c’est presque une carte postale. Sur l’île, plus minimaliste, avec beaucoup de poussière, de gens, la palette de couleurs devient plus pastel.
Arrivé en Turquie, je voulais une esthétique de film noir donc beaucoup de scène de nuits, de la pluie, des néons.
Je voulais donc trois styles : Athènes heureux, la Crète où la punition se fait, et Istanbul la nuit.

J’avais tellement peur de ne pas bien faire que j’avais storyboardé tout le film. Mais nous ne l’avons jamais utilisé au final. Entre l’écriture et le storyboard, j’avais déjà deux films dans la tête avant de commencer la réalisation.
Je pense qu’il faut se préparer car il y a beaucoup de pression. Mais j’ai adoré !

Chester et Rydel peuvent représenter ce qu’il y a de mieux comme de pire dans l’homme ?

Absolument. J’adore le fait qu’ils se détestent, mais qu’ils s’apprécient en même temps. Il y a toute cette interaction entre plusieurs thématiques fortes : fils et père, faible et fort, bon et mal.
En une seconde, Rydel peut essayer de séduire la femme de Chester puis s’excuser auprès de lui. C’est ce que j’adore à propos du film : cette rapidité dans les changements.

Vous êtes avant tout un scénariste. Qu’est-ce que cela fait de voir ses histoires adaptées en film ? Êtes-vous satisfait du résultat ?

Les films que j’adore sont ceux où un réalisateur amène quelque chose à mon script. C’est ce que j’aime à propos Nicolas Winding Refn (réalisateur de Drive). J’avais basé Drive sur le thème d’un western, mais il a amené cette ambiance de conte de fées, quelque chose de fantastique dans le récit. Je n’avais jamais imaginé ça pour ce scénario.
Dans Jude de Michael Winterbottom, il a réussi à amener de sa personnalité dans le script. Et c’est ce que je veux. Je veux qu’un réalisateur puisse se plonger dans mon script et se l’approprier.
Si un réalisateur filme mon script tel qu’il est, le film devient mort, sans âme, sans vie.

Et maintenant, en tant que réalisateur, je comprends ce sentiment. Il existe une sorte de liberté pendant la production. Vous devez être capable de changer certaines choses : ce que les personnages disent, interagirent avec un objet, etc. Et même s’adapter à la façon dont l’acteur veut jouer : “Quand je suis déprimé, je veux marcher, pas m’asseoir”.

Vous parliez de Nicolas Winding Refn, avez-vous apprécié Only God Forgives ? Ce film a beaucoup divisé les critiques. Qu’en avez-vous pensé ?

Tout le monde a été assez dur avec son film, mais son ambition était de faire un film poétique très beau techniquement. Mais je dois dire que c’est assez difficile pour moi de juger son travail.
C’est pour ça que je pense qu’il est toujours important, lors des tests ou lorsqu’on a quelques images, de les montrer à des inconnus et non des personnes que l’on connaît. Sinon le résultat est biaisé

Cette interview a été réalisée en collaboration avec Amandine Thebault de Cine vibe, Chloé Cerroni de Cinematon et Cyril Maucort de Salles Obscures. Merci à eux ! Et encore merci à Hossein Amini d’avoir répondu à nos questions.

Vous pouvez découvrir notre critique ainsi que l’affiche exclusive Cinécomca du film ici

Découvrez l’intégralité de l’interview (en anglais) ci-après :

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