Black Coal Thin Ice

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SYNOPSIS

« En 1999, un employé d’une carrière minière est assassiné et son corps dispersé aux quatre coins de la Mandchourie. L’inspecteur Zhang mène l’enquête, mais doit rapidement abandonner après avoir été blessé lors de l’interpellation des principaux suspects.
Cinq ans plus tard, deux nouveaux meurtres sont commis dans la région, tous deux liés à l’épouse de la première victime. Devenu agent de sécurité, Zhang décide de reprendre du service. Son enquête l’amène à se rapprocher dangereusement de la mystérieuse jeune femme. »
(source : Allociné)

CRITIQUE

Florent :
Attirés par la bande-annonce, on ne savait pas vraiment à quoi s’attendre avec Black Coal, le film qui aura obtenu l’Ours d’or du meilleur film ainsi que l’Ours d’argent du meilleur acteur pour Liao Fen lors du Festival de Berlin 2014.. Le résultat : déçue ou enthousiasmée par le film ?

Madeline :
Aucun des deux, je dirais. Je n’ai absolument pas été déçue, loin de là. C’est un beau film avec une belle photographie et une réalisation inattendue, mais superbe. Mais en sortant de la séance, je ne savais pas trop quoi en penser. Le scénario est dur à suivre, on a du mal à remettre l’intrigue dans l’ordre à la fin du film. Il me semble que tu es d’accord avec moi sur ce point.

Effectivement, c’est bien la chose qui nous a le plus perturbée : le scénario. Alors, je ne sais pas si c’est dûs aux caractéristiques du film (un lieu inconnu, des personnages aux noms chinois dont nous n’avons pas l’habitude -malheureusement-), mais en tout cas, je dois dire que j’ai eu beaucoup de mal à suivre l’intrigue : trop d’ellipses qui rendent le récit incompréhensible, des personnages qu’on a du mal à identifier, ainsi que leurs places dans le récit.

Oui complètement, il y en a toujours que je n’arrive pas à replacer, même après réflexion. Cet aspect bordélique est dommage. Black Coal avait de quoi être grandiose. L’ambiance du film sombre et froide est, je trouve, superbe pour ce thriller. Cela donne une impression de réalité par rapport à la vie de cette région de Chine.

En même temps, ne peut-on pas interpréter le fouillis du récit comme la réalité de la Chine ? Pour faire en sorte que le spectateur soit perdu dans le récit, comme on peut l’être lorsqu’on se retrouve dans ces mégalopoles chinoises ? Ici, le film se passe à Harbin, connu pour son Festival des Sculptures de glace. Mais le reste du temps, c’est une ville énorme où il est facile de se perdre.
Et c’est aussi un sujet important du film : la perte d’humanité, la perte de morale, etc.

Peut-être que c’est à l’image de la mégalopole chinoise, mais quand même, il faudrait pouvoir suivre l’intrigue dans sa totalité. Résoudre l’affaire à l’envers, c’est une bonne idée, mais l’intérêt est de pouvoir la refaire nous mêmes à l’endroit sans trop de difficultés.

Concernant la perte d’humanité ou de morale, c’est un sujet intéressant qui s’intègre parfaitement au scénario et à l’endroit. La froideur et les tons utilisés donnent un peu cette image de réalité. Ce qui rejoint parfaitement l’élément de l’enquête policière. Le jeu d’acteur trompe complètement le spectateur et c’est super. On ne s’attend jamais aux retournements de situations.

On ne vous parlera pas de ces retournements, on ne va pas vous gâcher la surprise, mais c’est vrai que la plupart des personnages sont faux : faux par leurs actes, par ce qu’ils pensent. Mais c’est là où se trouve la beauté de Black Coal, le réalisateur arrive à se jouer de nous afin que l’on ne les remarque jamais.

Parlons un peu plus de la réalisation. On remarque un certains nombre de plans séquences tout du long du film, qui ont souvent la particularité d’être circulaire. Je trouve que ça accentue énormément la lenteur du film, pas toi ?

Complètement, le réalisateur utilise ce procédé afin de pouvoir ralentir son récit, afin que nous puissions vraiment nous plonger dans la narration et vivre ces scènes. Mais comme tu l’as dit, beaucoup de plans séquences sont souvent circulaires, le réalisateur tourne autour d’un objet ou d’un personnage.
Je ne pense pas que ce soit anodin, serait-ce simplement un moyen de nous montrer que tout le long du film, nous gravitons autour de certains protagonistes, que nous “tournons en rond” concernant l’enquête ?
Je dois dire qu’un autre plan séquence m’a beaucoup choqué, celui de la protagoniste faisant du patin à glace et se balançant de gauche à droite, comme si son personnage n’arrivait pas à se décider entre faire le bien ou le mal. Une belle métaphore.

Ton interprétation est pas mal du tout, je n’y avais pas pensé, mais c’est vrai que l’enquête tourne en rond d’une certaine façon.
Pour le balancement entre le bien et le mal, encore un fois, je trouve que cela rejoint énormément l’ambiguïté qu’il y a autour des personnages.

J’aimerai savoir comment tu as trouvé la fin du film aussi. Ca m’a chamboulée en ce qui me concerne. Je préfère une fin posée, or ici, elle est brusque et inattendue.

Comme tout ce qu’on a dit plus tôt, tout se rejoint : ici, le réalisateur se joue de nous. La fin est selon moi assez longue dans le sens où dès lors que l’intrigue est résolue, nous avons droit à des scènes pour chaque protagonistes afin qu’ils puissent clore ce chapitre de leur vie. Et pour chaque personnage, Yi’nan Diao (le réalisateur) joue des codes et nous poussent à penser que c’est la fin. On a vraiment un archétype de ce à quoi pourrait ressembler la fin pendant 20 minutes. Et c’est quand on s’y attend le moins que le film se finit.

Je comprends, comme s’il y avait plusieurs fins. Bizarrement, je trouve que ça ne fait pas fini …
Et si on parlait un peu de l’image de la femme dans Black Coal ? Parce que le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est très loin d’être un film féministe ! Les personnages féminins sont absolument dégradés et dévalorisés, autant le rôle principal que les rôles secondaires. La dureté des hommes envers elles est malsaine, je trouve, ou mon point de vue est-il exagéré ?

En fait, c’est à double tranchant. D’un côté, on nous présente des femmes vulgarisées, faibles, qui se laissent marcher sur les pieds. De nombreuses scènes nous le prouvent. Pourtant, la finalité de l’oeuvre me fait changer d’avis. Comme on dit, les protagonistes oscillent entre bien et mal, et ici, les femmes oscillent entre faiblesse et force. On nous les présente comme faibles, ça n’empêche pas qu’elles savent faire usage de leur force dans certaines situations.

Leur force est uniquement psychologique, ici. En qui concerne la protagoniste principale, cela est bien démontré. Mais on garde toutefois cette vision très primaire de l’homme plus fort et sans être féministe, je trouve cela un peu dur et désavantageux. C’est comme si elle se laissait manipuler par leur destin.

Pourtant, la protagoniste principale nous prouve bien qu’elle maîtrise son destin en manipulant les hommes à ses fins. Un peu comme toutes les femmes, non ? (boutade bien évidemment)

Et pour finir, je vais aborder un sujet dont tu n’es pas forcément habituée, mais parlons des sons et de la musique ? Y-a-t-il quelque chose qui t’as fait tiquer ?

Je n’ai pas particulièrement fait attention à la musique. Mis à part à un moment, où lors de l’enquête Zhang Zili questionne une femme. Celle-ci est d’abord joviale et calme puis finie par paniquer. A ce moment, la musique passe de calme et grave à une musique dynamique et accélérée. Comme si la musique s’associait aux sentiments et à l’humeur des personnages. Mis à part ça, je ne saurais pas quoi dire du son n’étant pas l’élément ayant attirée mon attention.

Tu n’as donc pas remarqué que Yi’nan Diao se jouait de nous en utilisant différemment les sons selon les scènes et selon ce qu’il voulait faire. D’un côté, on a souvent des scènes en intérieur avec le bruit extérieur. Des plans extérieurs/intérieures où le son est comme plafonné, où il ne peut ni sortir ni entrer. Créant ainsi une barrière entre deux univers.
Il utilise aussi souvent beaucoup de sons rébarbatifs (son d’une machine à laver par exemple) ce qui peut créer une certaine forme de frustration et de crissement pour le spectateur. J’ai vraiment trouvé que ça accentuait la tension de certaines scènes.

Comme vous avez pu le lire, Black Coal est ouvert à toute interprétation (et n’hésitez pas à partager la vôtre). En tout cas, Black Coal nous fait voyager dans la Chine profonde, un univers inconnu pour certains, dans une histoire haletante, dans un récit glacial dont vous ne ressortirez pas indemne.

LE FILM

Titre original : Bai Ri Yan Huo
Réalisation : Diao Yi’nan
Scénario : Diao Yi’nan
Casting : Fan Liao, Gwei Lun-Mei, Xuebing Wang
Distribution France : Memento

TRAILER

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