Night Moves

night moves

Cette critique a été rédigée par Teddy Devisme, rédacteur chez Onlike.net

Vous pouvez le retrouver sur Twitter et nous le remercions de nous laisser publier sa critique.

SYNOPSIS :

« Josh travaille dans une ferme biologique en Oregon. Au contact des activistes qu’il fréquente, ses convictions écologiques se radicalisent. Déterminé à agir, il s’associe à Dena, une jeune militante, et à Harmon, un homme au passé trouble. Ensemble, ils décident d’exécuter l’opération la plus spectaculaire de leur vie… »

CRITIQUE

Ce film se présente à nous comme un thriller, à l’origine. Rassurez-vous, il en est bien un. Sauf que son traitement nous indique plusieurs lectures possibles. Encore mieux, le ton donné (aussi bien dans l’image que dans le texte), permet au film d’aller flirter avec d’autres genres. En particulier le film noir. En fait, tous les codes du cinéma indépendant américains sont là. Une destinée sombre pour les protagonistes, préparant et effectuant une tâche plutôt sombre elle-aussi. Ce mixe nous emmène vers des personnages anti-héros, vers qui le cadre porte un régard désabusé.

Ces anti-héros sont des proies à la révolte. Avec son petit message écologique, assez insignifiant dans la portée du film, il y a comme un élan de base. Trois personnes qui se rassemblent, pour laisser sortir leurs convictions. Le film est une habile capture du passage à l’acte d’une idée. Ce film nous raconte donc l’implosion d’une jeunesse dynamique, qui compte. Mais voilà, il faudrait se demander une chose. Les deux jeunes du film sont également des proies à l’ennui. Faut-il alors (en postulat) l’ennui pour mener une idéologie à la révolte ? Ce concept est un peu facile pour commencer une intrigue, et pour y trouver des jeunes qui conviennent à ce qui se déroule ensuite.

Je suis loin de dire que l’angoisse est mal venue. Au contraire, elle est très intéressante. Cette angoisse a deux facettes dans le film. La première est hésitante, et prouve qu’il y a une facilité. C’est l’angoisse du passage à l’acte, alors que ces personnages ont toujours connu l’ennui. Kelly Reichardt filme cet ennui. Elle filme cette errance des protagonistes au quotidien. C’est cette maitrise, presque hermétique, qui ne laisse pas trop de place à la vraie angoisse. Celle du changement. Dans la première partie du film (l’avant passage à l’acte), on sent que quelque chose dérange les protagonistes. Dans leurs regards et leurs déplacements, on relève la connaissance d’un changement futur. Le changement que va provoquer ce passage à l’acte.

Cette angoisse est fascinante dans sa mise en scène. Un paradoxe temporel est créé. Alors que la première partie avance lentement, on sent que tout se passe très vite dans la tête des personnages. Le tout devient plus brouillon, mais le suspense est toujours aussi palpable. La narration en subira les conséquences. Les coupures entre les trois parties sont nettes, l’ambiance change d’une scène à l’autre. Il y a l’ambiance de l’avant passage à l’acte. Il y a le passage à l’acte. Celui-ci est surprenant par son traitement. Par sa temporalité restreinte à la nuit, par son esthétique très sombre, par ses mouvements variés : on croirait que le film part vers le fantastique. Enfin, il y a l’après passage à l’acte. Plus long que les deux autres parties, elle est plus chaotique. On sent une réalisatrice qui ne sait sur quel pied danser. On sera quelques instants dans le drame intimiste, un peu dans l’horreur, et parfois de retour dans le thriller (tendant vers le polar). Sauf que cette troisième partie est bien trop longue pour ce qu’elle a à raconter. Avec, en bonus, un dénouement inutile : plus un dernier plan qui ne conclut ni ne bouleverse quoi que ce soit.

C’est peut-être le seul plan du film qui dérange totalement. Sinon, on aura plusieurs très beaux plans. Et quelques regrets. L’esthétique est tellement bien maitrisée et cohérente, qu’on se permet de tendre vers l’esprit. Le film se déroule comme un imaginaire, sous plusieurs angles de vue (les trois parties distinctes). L’approche ne change pas tellement, mais c’est pour mieux garder la ligne directrice. Ce fil conducteur tient en quelques mots : un imaginaire intérieur en bordel. En effet, ce film traduit la psychologie et les idées des protagonistes. Sauf que, on comprend vite que ces idées sont le fruit d’un militantisme. Mais avec cet ennui, le caractère de la jeunesse, leur fougue retenue : il y a tout un bordel dans leur esprit. Et ce film, par ses différents aspects discutés précédemment, se charge de concrétiser (par l’acte) ces rêves enfouis.

Qui dit imaginaire et rêves, dit une esthétique à résulter de manière cohérente. Pour cela, Kelly Reichardt choisit avec précision les paysages dans lesquels elle tourne. Il ne faut pas l’oublier, il y a quand même un léger message écologique. Il faut alors assurer le propos, et l’imaginaire qui va avec. On se balade alors de terrains paradisiaques (la rivière, le camp, les jacuzzis, …) en terrains bordéliques (propriété agricole, route contrôlée par les policiers, chantiers, …). Cette traduction des imaginaires intérieurs en bordel, est le meilleur moyen de faire venir l’ambiance. Outre la direction des acteurs, Kelly Reichardt s’appuie sur les espaces filmés pour apporter son ambiance.

Dommage que le découpage ne serve pas cet imaginaire intérieur en bordel. Quand une action s’avère être très importante pour le récit, un découpage a été effectué. A plusieurs reprises, dans des instants de tension absolue, dans les moments de peur (horreur), dans des moments d’angoisse : on ne sent pas l’imaginaire prendre le dessus. L’ambiance est propre, grâce à l’esthétique, les paysages et les acteurs. Mais jamais une fusion ne se créera. Le film ne permet pas d’imaginer le bordel intérieur des personnages, par le simple biais des paysages. Encore pire, le film ne permet pas de peindre les personnages dans le décor. Les espaces sont trop fermés pour les personnages. A l’exception de quelques fulgurances, le film ne mettra pas en avant son imaginaire, maus plutôt les situations en elles-mêmes.

Il faut cependant noter que ces situations n’agissent pas seules. Le spectateur doit faire sa part du boulot. Le film invite le spectateur à s’interroger. Notamment sur cet intérieur en bordel, et quelques fois sur le procédé mis en place pour exécuter une situation. Le film, alors mal servi par son découpage, compense quelque peu (car rien ne peut rattraper des erreurs de découpage) son ambiance par le non-dit. L’imaginaire est décomposé, mais se passe en sourdine. Comme si, cet imaginaire a la possibilité de se placer à plusieurs endroits différents. Et que le cadre évalue ce qui doit, et ne doit pas, être dans le champ. Cet effet de non-dit a deux résultats. D’une part, il ne permet pas de faire exploser son dispositif. D’autre part, il permet de maitriser parfaitement son suspense intenable.

Note : 3,0/5

LE FILM

Réalisation : Kelly Reichardt
Scénario : Kelly Reichardt, Jonathan Raymond
Avec : Peter Sarsgaard, Jesse Eisenberg, Dakota Fanning, Alia Shawkat
Durée : 115 minutes
Pays : Etats-Unis
Sortie française : 23 Avril 2014

TRAILER

 

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